Souvenirs souvenirs...

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17 Janvier 1981.

Coupe de France Stade - A.S.B.: "Allez Brest" ou... le derby historique.

L'A.S.Brestoise se morfondait dans l'ombre du Stade Brestois depuis 13 ans. Une longue traversée du désert, où les oasis furent beaucoup plus rares que les mirages: Si la présidence fut assez mouvante, que dire de la direction technique! Dans les années 70, il y a sans doute eu davantage d'entraîneurs à Ménez-Paul qu'au stade vélodrome de Marseille...
Nul doute que la date du 17 janvier 1981 figurera en lettres d'or dans le livre des souvenirs asbéistes. Depuis 19 ans (oui, vous avez bien lu, 19 ans!) les " bleus" n'avaient plus réussi à terrasser le voisin stadiste. Cette qualification, qui aura déclenché un véritable tonnerre... de Brest, les joueurs de Bourse l'auront obtenue, plutôt arrachée, à l'issue d'une terrible guerre des nerfs. C'est en effet à un véritable scénario à la Hitchcock qu'on eut droit samedi. Le préposé au tableau d'affichage fut sans emploi durant le temps réglementaire. Il en fut de même des prolongations, à elles seules surprenantes.
Et encore: ... Les amateurs brestois matent leurs "pros" . De cette soirée du 17 janvier, l'A.S.Brestoire se souviendra sans doute longtemps. La question qui se posait en effet avant la rencontre était de savoir à quelle sauce les professionnels et voisins du Stade Brestois allaient les accommoder. Loin de faire des complexes, les " Bleus de France" abordèrent avec sérieux les débats. Affichant une organisation défensive remarquable, ils s'attirèrent rapidement les faveurs d'un public conquis.
Le Stade Brestois quant à lui se créa, certes, quelques belles occasions mais sans parvenir à trouver la faille, malgré un tir de Vabec sur le poteau (8I').
De son côté aussi l'A.S.Brestoise manqua de nombreuses occasions devant Bernard. C'était véritablement déjà une surprise. Toujours est-il que l'on en arrivait aux prolongations où une occasion remarquable fut offerte à Iquel de qualifier son équipe. Bernard lobé fut tout heureux de voir sortir le ballon au ras de la transversale. On en arriva ainsi au tir de penalties et les promotionnaires déboulonnèrent les professionnels.

Équipe de l'A.S.B. saison 1981-1982.

Coupe de France. Trente deuxième de finale. Composition des équipes..

Interview des entraîneurs. Questions:

A : Comment allez-vous aborder ce derby?
B : Ce derby représente-t-il quelque chose d'important pour vous?
C : On parle beaucoup de rivalité entre les deux clubs; que représente-t-elle pour vous?
D : Comment jugez-vous votre adversaire?
E : À défaut d'un pronostic, quelles sont vos ambitions pour cette rencontre?

De Martigny
Roland Bourse

A : Comme un match de championnat avec tout le sérieux que cela comporte.

B : C'est important, au bout des 90 minutes il y a l'élimination qui vous guette. En plus le caractère derby lui confère son importance sur le plan local.

C : N'étant pas dans le même championnat nous ne pouvons parler de rivalité, ce qui ne serait pas le cas vis à vis de Quimper, Rennes ou Guingamp où celle-ci existe sur le plan régional.

D-E : L'A.S.B. fait un championnat en dent de scie, mais après avoir subi un passage à vide à la fin de la poule aller, vient de se ressaisir. En amical un bon 3 à 1 face à Rennes et surtout une victoire sans contestation. 4 à 0 face à l'UCK-Vannes. Avec un net regain de forme de Pascal Mellaza, le buteur. C'est de toute façon une bonne équipe de 3ème division.

A : Bien sûr nous ne sommes pas favoris, nous aborderons ce match en challenger et nous ferons de notre mieux, Vous savez, en coupe tout est possible.

B : Oui et non. Nous savons très bien que nous ne gagnerons pas la coupe de France, alors le principal est de se faire remarquer. D'autre part, l'aspect financier de cette rencontre n'est pas à négliger.

C : En fait cette rivalité existe et n'existe pas. Le Stade Brestois est hiérarchiquement supérieur, nous ne pouvons nous rencontrer souvent. Elle existe au niveau sportif, chacun à ses supporters. Les inconditionnels existent de chaque côté, mais ce sont bien souvent des "anciens".

D : Je vais souvent voir le Stade Brestois jouer, c'est une équipe solide qui domine bien son sujet, quelque fois mieux que le croit le public. Le recrutement a été axé sur la remontée en division 1 et a prouvé son efficacité.

E : S'il fallait donner un pronostique, en tant qu'entraîneur je miserai sur nous, mais ce serait s'aventurer. Nous essaierons de bien jouer et de résister afin que le public assiste à un beau match de coupe.

G. Breuzière -D. De Lanoë

Déclarations des joueurs et entraîneurs.
Stade.

Bébert Cuiffardi : " Même un concours de pronostics... "

Sacré Bébert! Elle est bien bonne! Iâcha son copain Jo Wrobel qui lui, en quatre saisons au Stade brestois, tomba dans la période sans derby...
Effectivement, l'histoire du populaire stadiste mérite d'être entendue. Avec " l'assent " du Midi.
" C'était, je crois, en 1958 à Ménez-Paul. Il faisait un temps de chien, un terrain plus marécageux que la Camargue. Il reste trois minutes à jouer et j'attaque de loin. Je descends, je dribble. Je m'approche des buts de Vourch et je pense marquer. C'est alors que j'aperçois Dédé Bergot, je veux lui donner la balle. Malheur! Elle reste dans une flaque d'eau. Fanch Philippe s'en saisit et contre-attaque. Lance Loulou Craveur à gauche, tête magistrale d'Abad. Nous sommes battus 1 à 0. Le comble c'est que j'avais donné le bon résultat au concours de pronostics. Peuchère! Vingt ans après, on m'accuse encore d'avoir volontairement passé la balle à Fanch Philippe... Drôle de souvenir! Mais des derbies j'en ai certainement gagné une bonne vingtaine. Un concours de pronostics égaiement".
René Daniel.
" De la tête... "
Derrière ses fourneaux au Conquet, René Daniel n'a pas oublié l'odeur bien particulière qui flottait sur les derbies d'antan. Lui qui avait pour mission de conclure les mouvements de l'attaque stadiste. Son coup de tête fit alors quelques ravages. Ainsi lors de la saison 1965-1966, les plus beaux derbies que j'ai disputés le furent cette année-là. A l'Armoricaine j'avais inscrit le deuxième but de la tête. Ce fut insuffisant puisque la rencontre s'était achevée sur un nul (2-2). Les prolongations n'ayant rien donné, on dut remettre ça le dimanche suivant à Ménez-Paul. Et là un autre but de la tête nous permit de nous qualifier (1-0). Je n'ai d'ailleurs pas de mauvais souvenir devant l'A.S.B. On a gagné à chaque fois.
Jean-Claude Ribeyre " J'ai allumé des 20 mètres "
Engagé avec le C.O.B. dans nouvelle campagne, Jean-Claude Ribeyre garde un souvenir du dernier derby disputé par le Stade. Et pour cause puisqu'il fut le seul buteur du match. C'était en 1975.
"Kervarrec avait débordé sur l'aile et m'avait suivi en retrait. J'ai allumé des 20 mètres comme ça m'arrivait quelques fois. Verschoren était battu. Mais la qualification à Ménez-Paul a été très laborieuse ".
Yannick Bonnec: "On va gagner, il le faut"
Stade & A.S.B.
Sarkis Garabédian :
" Chopin des 40 m "
Dans sa retraite dorée de Juan-les-Pins, Sarkis Garabédian regrette de ne pas être samedi l'Armoricaine... " Vous pensez! Des derbies brestois, j'en ai tellement connus... Cependant celui qui demeure comme une brûlure tenace, c'est le premier. A époque, en 1950, j'étais entraîneur de l'A.S.B. Nous étions en C.F.A., le Stade brestois en 1ère division de district... Il y avait alors plus de différence entre les deux clubs qu'aujourd'hui. J'ai eu très mal quand Chopin nous a éliminés sur un coup franc de 40 mètres! Mais des bons moments, j'en ai connus également. Avec mes stadistes cette fois. Avec Delorme, Ribeyre, Daliel, on gagnait toujours... "
Jo Loaec : "A la dernière minute... "
P'tit Jo, comme on l'appelait alors. Il a marqué une longue période du football brestois. Désormais, il ne touche plus un ballon, il fait du vélo.
"Eh oui! J'en ai vécu des derbies. Sous les deux couleurs puisque j'ai joué deux ans au Stade puis deux ans à l'A.S.B. En 1958, nous avions été battus par les "bleus" à Ménez-Paul... à la dernière minute. Une montée de Fanch Philippe, il déborde tout le monde et centre. Tête plongeante d'un gamin qui s'appelait Loulou Craveur. Quelle tristesse!
Un bon souvenir? Sous le maillot asbéiste en 1960. Un nul en coupe à l'Armoricaine. Match à rejouer à Ménez-Paul. On l'a gagné 2 à 0 "
.

A.S.B.
Robert Coat : "On avait été battus 3 à 2, mais... "
Robert Coat a semé le trouble plusieurs fois dans la défense stadiste par ses longues chevauchées sur l'aile. Ce fut lui notamment qui inscrivit le premier but asbéiste le 6 décembre 1959. Un coup de tête sur coup franc.
" Ce derby disputé devant une foule record fut sans conteste le plus beau pour moi. Les deux équipes avaient fourni un bon spectacle alors qu'il avait plu sans discontinuer à l'Armoricaine. On avait été battus 3 à 2 mais il n'aurait pas dû y avoir de vainqueur".
" Mon plus beau but dans un derby? Ce fut en 1962 à Ménez-Paul. J'avais pris la défense de vitesse et devancé la sortie du gardien. On avait gagné 3 à 1".
Martial Gergotich : "Ah ! mon premier derby en 1951... "
Martial Gergotich retrouve ses talents de conteur. Des derbies, il en a connu plus d'une édition. Comme joueur, puis entraîneur des Bleus. Mais il en est un qui a gardé chez lui une saveur particulière. Son premier.
En 1951. Il y avait huit jours que sa carrière pro avait pris fin... ."Je venais d'être requalifié amateur, j'arrivais à Brest alors que le championnat était commencé depuis trois mois. Mon premier match à Pontivy, je n'en avais pas touché une... Ce qui fit dire a certains dirigeants: on a peut-être pris un bon entraîneur, mais le joueur ne vaudra certainement pas grand chose. Le Stade était en promotion, nous en D.H. L'année précédente il avait éliminé l'A.S.B. (qui jouait en C.F.A.) alors qu'il opérait en district. J'avait réuni 16 joueurs pour le repas d'avant match. C'est là que j'ai donné ma formation. Comme j'y figurais, j'ai entendu une réflexion dépitée d'un dirigeant: "Alors, il joue... ". On a gagné 3 à 0 grâce à des buts de Lauga, Inizan et Monfort ".
Jean Tétôt : "J'ai bouffé de la soupe".
Actuel entraîneur du F.C. Dirinon (deuxième division de district) a lui en mémoire un mauvais souvenir de derby.
" C'était il y a 18 ans. Nous jouions à Ménez-Paul. Plus de 12.000 spectateurs suivirent passionnément le derby. Pour équilibrer l'équipe, Gergo m'avait placé en demi avec Dédé Drogou comme partenaire. Ce dimanche de mars fut l'un de mes plus mauvais souvenirs de joueur. D'une part, je regrettais mon poste d'arrière central. D'autre part j'ai bouffé de la soupe, car j'ai été mauvais. Nous avons été battus 3 à 1. Et chez nous! ".
Pierre Bianic:
"Leur mener la vie dure"

Les joueurs avant.
Stade.
Yvon Leroux: " Mellaza... méfiance"

Les deux équipes brestoises ont bien conditionné leurs supporters pour ce derby en gagnant de façon très nette leur dernière rencontre de championnat. Et de chaque côté, un joueur au moins a pu montrer à son opposant direct de ce soir qu'il était fin prêt pour le combat: Pascal Mellaza (en inscrivant les 4 buts de son équipe) et Yvon Leroux (en réussissant ses deux premières réalisations de cette saison). Match nul donc pour la préparation et l'ascendant psychologique. Un combat à distance en attendant l'affrontement de ce soir, entre deux joueurs qui ne se connaissent pas. "Je n'ai jamais joué contre l'A.S.B. si ce n'est en 81 avec l'équipe "B" lorsque j'ai débuté il y a quatre ans ", se souvient Y. Leroux. " Je ne cannais donc pas Mellaza, je ne l'ai même pas vu jouer, mais je sais qu'il est très bon. Je demanderai d'ailleurs des conseils à Jean-Luc Le Magueresse qui l'a marqué lors du championnat. " Un duel qui ne fut pas à l'avantage de l'Asbéiste, il le reconnaît. Mais à sa décharge il faut préciser qu'il n'avait pas reçu beaucoup de ballons exploitables ce jour-là. Qu'en sera-t-il ce soir? Yvon Leroux, de par sa stature imposante, est très à l'aise devant un adversaire qui accepte le combat. Mais " le cousin d'en bas" est solide sur ses jambes également et ne se laisse pas impressionner. " Par contre, je n'aime pas les n° 9 fuyant, toujours en mouvement, poursuit notre stadiste. Comme Martinez (Rouen), cette saison, ou Victor Trossero (F.C.Nantes), l'an dernier en première division. "
Quant au match proprement dit, il est évident (comme l'aurait dit M. de la Palisse), que l'A.S.B. vainqueur, on parlera d'exploit, tandis que si le Stade l'emporte, chacun dira que c'est normal. " A nous donc, conclu le stoppeur brestois, de montrer la différence qui doit exister entre une équipe de division 3 et une autre qui désire remonter en première division. "

A.S.B.
Pascal Mellaza. " Du rêve à la réalité "

Il est jeune certes (pas encore 20 ans) mais, avec lui, pas de danger pour qu'il prenne comme l'on dit la grosse tête. Si le joueur est de qualité, l'homme en effet ne l'est pas moins. 11 buts la saison dernière en première, 13 déjà cette saison, meilleur buteur du groupe, tout ceci ne l'a pas changé. Pas plus d'ailleurs que les sollicitations de trois clubs professionnels. " Je connais mes limites, assure-t-il. Tout ça, c'est trop haut pour moi. Et puis, je n'envisage absolument pas une carrière dans le football. Mes études passent d'abord... ".
On ne peut être plus net!
Docteur plus tard, voilà son ambition. Ceci pourtant n'empêche pas une réelle passion pour le football. Et à cet égard, le derby de ce soir constitue une sorte de point d'orgue. Comment en serait-il autrement d'ailleurs? "Je suis un fervent supporter du Stade, avoue "l'ex-Lampaulais", l'année de l'accession, je n'avais pas manqué un match à l'Armoricaine. Aussi, le fait de rencontrer sur le terrain, balle au pied, des joueurs que l'on a admiré, c'est très exaltant. Une sorte de rêve... ".
Auteur de quatre buts dimanche, Pascal Mellaza aura bien entendu droit à certains "égards" de la part de son adversaire direct Yvon Leroux. Yvon Leroux que Pascal a eu l'occasion de rencontrer un jour à Plouëscat. Hors du terrain toutefois: " Je connais surtout le joueur redoutable qu'il est. Avec Vabec, c'est à mon avis le meilleur du Stade Brestois. Il va me falloir décrocher au maximum pour tenter de le surprendre ". Sans crainte, ni illusions excessives, Pascal Mellaza, se battra de toutes façons comme à son habitude. Avec le culot de la jeunesse...


Le Match.
A L'Armoricaine, la nuit était "bleue"
Des rushes de Mellaza... L'A.S.B., très motivée et appliquant un marquage très strict, n'avait pas du tout l'intention de succomber sans combattre. On le vit d'entrée de jeu. Mieux: c'est elle qui lança les hostilités. Car elle possède, on le savait, en Mellaza un avant-centre talentueux. Et pas complexé le moins du monde.
Le Roux, éliminé d'un magnifique crochet dans la surface, allait s'en apercevoir, seulement Bernard veillait (6'). Mais Mellaza n'était pas seul, même s'il mystifiait encore Honorine et Gueye une poignée de minutes plus tard. Les tirs de Bianic et l'activité inlassable de Paugam étaient également de sérieux arguments.
Au gâchis stadiste
Le Stade brestois dans tout cela? Il ne manquait pas d'énergie. Seulement, c'est dans la finition; en s'obstinant à passer par le centre et en se heurtant à une défense très vigilante; que le bât blessait. Par manque de discernement également dans le dernier geste.
Il en était ainsi de Martet, surveillé étroitement par Pallier (7' et 15'), mais également de Le Roux et Pardo. Le milieu stadiste, travailleur mais peu clairvoyant, ne donnait pas à ses opérations suffisamment d'ampleur en occultant le travail sur les ailes. Cependant, en deux circonstances on crut au but qui libérerait définitivement les "rouges". Mais Vabec, chutant après avoir évité Gouriou, déviait du dos le tir de Martet alors que le goal asbéiste était battu (28'). Et ce dernier eut un réflexe étonnant lorsqu'il dévia du pied un tir puissant à ras de terre du Yougoslave qui venait de mystifier Lannuzel (44'). Les débats, devenus plus crispants, s'apparentaient dès lors à un mouvement de flux et de reflux. Flux stadiste sur une percée de Martet bloqué par Lannuzel au moment du tir ou sur une reprise de Bonnec. Reflux asbéiste dû à l'inévitable Mellaza qui vint par deux fois de son dribble chaloupé tester la résistance adverse. Heureusement Le Roux se montrait intraitable (50' et 60'). Vabec... sur le poteau L'A.S.B. se mit alors à plier, mais elle ne rompit point sous les assauts répétés de ses voisins. Car les ailiers stadistes réapparaissaient. Vabec notamment, en léthargie depuis une bonne demi-heure. Mais ce fut le même gâchis à l'approche des buts de Gouriou : ainsi Bonnec, en position idéale, ratait une bonne remise de Martet (63') avant qu'il ne rende la pareille à ce dernier cinq minutes plus tard. Un trait de génie de Vabec pour éviter l'affront? On le crut lorsqu'il adressa des 25 mètres un tir terrible. Mais le poteau sauvait Gouriou... (82'). La chance stadiste venait de passer.
Iquel à deux doigts du bonheur.
90 minutes n'ayant pas suffi à clarifier les choses, on eut donc droit à un supplément au menu. Certes, l'A.S.B. sa défense notamment, pressée comme un citron avait manifesté d'inquiétants signes d'essoufflement dans le dernier quart d'heure. Cinq fois, six fois en danger, elle avait cependant tenu. Le contrat des " bleus" était déjà bien rempli. Et, contre toute attente, au retour sur la pelouse, les Asbéistes semblèrent revigorés. Penn et Iquel, tirant dans le petit filet (93'), prouvaient ce regain d'enthousiasme.
Sentant à nouveau le vent du boulet, les "rouges" remirent l'ouvrage sur le métier. Mais la même précipitation présidait à leurs travaux de finition. Ainsi Justier qui gâchait un joli centre en retrait de Parizon (98') ou Martet un peu "court" sur des services de Bonnec. Le Roux, d'un coup de tête, trouvera bien le chemin des filets, mais son but dû à un coup franc de Parizon était annulé pour faute préalable (100'). Alors, ce sont les Asbéistes qui seront à deux doigts du bonheur. Mais Iquel lancé par Cariou; la défense stadiste était hors de position; perdra les pédales en voulant lober trop vite Bernard accouru aux 30 mètres, son tir frôlant le cadre (111'). Un centre de Penn sèmera encore un beau vent de panique chez les Stadistes. Des Stadistes qui, à trois minutes de la fin, pouvaient enlever toute la mise. Seulement Vabec, bien servi par Parizon, tirera dans les nuages.
Dernier recours pour trancher le litige: les penaltys. Les Asbéistes, déjà ravis d'en être là, les abordèrent décontractés; les Stadistes, eux, étaient fébriles. A l'image de Justier qui ratait sa transformation. Comme Cariou en fit de même, il fallait remettre le couvert. On en était à 8 - 8 lorsque Kédié vit son tir repoussé par Gouriou; Boucher ne l'imitait pas.
La nuit virait au bleu... Le Stade brestois, décidément, dut se croire maudit par la Coupe. Et force est d'admettre qu'il s'est vaincu bien plus lui-même. Volontaire mais brouillon, il n'a pas su exploiter les nombreuses occasions qu'il s'était créées, notamment dans les 90 minutes initiales. Gueye, Le Roux et, à un degré moindre, Bernard et Bonnec, méritent chez lui la citation. L'A.S.B., elle, grâce à une volonté, un esprit de corps sans faille, recueille les fruits d'un succès qui, pour s'être joué sur un coup de dés n'a rien d'un hold up. Dans ses rangs, Gouriou, Mellaza, Paugam et Iquel méritent une mention particulière.
Les équipes:
Stade brestois: Bernard; Kédié, Le Roux, Gueye, Honorine; Pardo, Justier, Bonnec; Parizon, Martet, Vabec.
A.S. brestoise: Gouriou, Lannuzel, Pallier, Vasseur, Le Bouëdec; Philippe, Paugam (puis Cariou, 77", minute), Bianic; Penn, Mellaza (puis Boucher, 109), Iquel.

... C'est au tour de Christian Boucher
...?
L'explosion! Bravo Christian.

La gloire du "petit" Brest:
AS Brest b. Stade Brestois: 0.0 après prolongation, neuf penalties à huit.
Agréable soirée malgré un fort vent. Bonne pelouse. Éclairage satisfaisant. Arb. : M. Didier. 205.177 F. 7.668 spectateurs.
STADE BRESTOIS : Bernard, Kedié, Leroux, GUEYE, HONORINE, Pardo, Justier, BONNEC, Parizon, MARTET, Vabec. Entr. : De Martigny.
A.S.BREST: GOURIOU, LANNUZEL, PAILLER, VASSEUR, LE BOUEDEC, PHILIPPE, PAUGAM, (puis Cariou, 76'), BIANIC, PENN, MELLAZA (puis Boucher, lO8), IQUEL. Entr. : Bourse.
Alain de Martigny, l'entraîneur du Stade Brestois, avait spécialement quitté son lit pour venir assister à la rencontre. Il était donc encore fiévreux, mais c'était surtout son équipe qui était grippée. Mais le fait que les pros du Stade Brestois n'aient pas été à la hauteur de garçons pourtant bien partis pour retrouver la Première Division, n'enlève rien à la valeur de l'exploit de l'A.S.B. Bien au contraire, on eut assez l'impression que l'on se dirigeait très vite vers une fameuse surprise et, pourquoi pas, puisque nous étions à Brest, que l'on allait avoir droit au fameux coup de tonnerre que notre journal d'ailleurs pressentait plus ou moins. En fait, l'A.S.B. a joué comme il le fallait en tentant sa chance crânement dès le départ avec de solides arguments comme son excellent et fort adroit avant-centre Mellaza et son milieu de terrain fort bien animé par les deux anciens du Stade Rennais Bianic et Alain Philippe. Inversement les pros ratèrent, par Martet et Bonnec notamment, les occasions qui se présentaient à eux de faire rapidement la différence. Du coup, l'A.S.B. prit de l'audace et l'on vit même Bernard obligé de sortir de ses seize mètres pour aller dégager du pied et sauver les meubles. A ce jeu, il faillit bien, d'ailleurs, être lobé par l'ailier gauche Iquel. A l'inverse de l'A.S.B., le Stade Brestois perdait de son assurance et toute lucidité et aussi, il faut bien le dire, toute réussite. C'est ainsi que Vabec vit un de ses tirs détourné in extremis du pied par le gardien de l'A.S.B., alors que dix minutes avant la fin du temps réglementaire, une de ses balles fut repoussée par le poteau. Mais, cette malchance n'était pas si injuste que cela, car le talentueux ailier du Stade ne s'est guère montré samedi soir. C'est dommage pour son équipe qui, par ailleurs, accumula les maladresses offensives et rata ainsi comme à plaisir quelques belles balles de match. A ce jeu, Bonnec, Martet, Pardo et même quelquefois Justier furent les plus malheureux. A la 100 minute, on eut l'impression, l'espace d'une seconde, que le Stade allait enfin se qualifier lorsque, sur coup franc de Parizon, Leroux monté en attaque marqua de la tête. Mais l'arbitre, M. Didier, annula le point, Leroux ayant pris appui sur un adversaire et d'ailleurs personne ne dit mot sur la décision de l'arbitre. C'est dix minutes plus tard que, sur ouverture de Cariou, une action de Iquel, Bernard qui était accouru au-delà de toute prudence au devant de l'attaquant de l'A.S.B., faillit être lobé. Un grand silence se fit alors dans le stade mais heureusement pour Daniel Bernard qui ne méritait pas cela, la balle retomba derrière les filets. Trois minutes auparavant, Gueye qui abattit un énorme travail en défense, avait pu prestement mettre un terme à une nouvelle et dangereuse action de Mellaza car, en fait, ce qui a le plus surpris dans ce match, c'est que l'on passa son temps à guetter l'effondrement de l'A.S.B., alors qu'à chaque coup elle repartait avec une ardeur nouvelle, donnant un extraordinaire piment au débat. La magie de la Coupe a joué pour cette équipe de Division III au classement moyen. Elle n'a pas volé cette qualification qu'elle espérait confusément mais n'attendait pas tellement. L'entraîneur Rolland Bourse, désormais coté en Coupe, pense que pour son équipe, cette victoire devrait avoir un heureux effet en Championnat, ce championnat qui reste désormais le seul recours du Stade Brestois. Il va sans dire que toute l'équipe de l'A.S.B. est à féliciter en bloc, alors qu'au Stade Brestois on manqua singulièrement de réflexion et d'organisation.

Victor Peroni. L'Equipe de 19 janvier 1981.

L'après match.
Le sourire du président Le Monze.

A.S.B. La java bleue... 'La java la plus belle... Celle qui ensorcelle ".
La fête, la super-allégresse dans le vestiaire de l'A.S.B.. Nous retrouvions là, pêle-mêle, les anciens de 50, les dirigeants d'aujourd'hui et les sympathisants de toujours autour des "petits bleus" savourant calmement l'invraisemblable exploit, sans tapage, sans excès, sans paroles blessantes vis-à-vis des Stadistes d'Armor. C'était formidable d'entendre Martial Gergotich avouer : "Pour moi c'est aussi beau que le "coup" de 63 où nous avions éliminé le grand Racing a Nantes. Lorsque le président Le Monze nous a dit avant le match; "Tâchez de faire le mieux possible... tâchez de ne pas en prendre de trop... " j'ai répondu : "Roland Bourse moi-même et les joueurs nous y croyons... Nous avons notre chance et nous allons la jouer..." J'affirme que nous étions les seuls à posséder cette foi à soulever des montagnes.
Gergo, "le vieux soldat" comme dit si gentiment René Rolland, était ému, transfiguré comblé de bonheur. Roger Le Monze embrassa Roland Bourse spontanément, chaleureusement pour la première fois. Le coach asbéiste souligna : " Nous n'aurions même pas du avoir besoin des penaltys pour gagner. Certes, nous avons subi la domination des " rouges" durant le temps réglementaire. Mais au cours des prolongations les franches occasions sont pour nous. Pascal Iquel d'une part et de l'autre le débordement de Michel Penn offrant une balle en retrait à Jean Cariou... Je suis fou de joie... c'est merveilleux ".
Et maintenant? "J'espère que nous surprendrons encore... Je rêve de passer le tour suivant, d'atteindre les matches aller et retour, recevoir un grand de première division tels Saint Étienne ou Nantes. Ce soir tout est permis! ".
30 ans plus tard l'histoire est réécrite à l'envers... La race des bleus revit... L'image de marque de la maison, technique collective et maîtrise de soi, demeure...
Phrases saisies au fil des commentaires dans une atmosphère en liesse. Il n'y eut point de champagne. Dame! Ce n'était pas prévu de franchir les frontières de l'impossible. Les " bleus " se retrouvèrent, comme de coutume, au " Panoramique ". Joie immense... joie profonde jusqu'à 3 h du matin. Martial Gergotich chanta et raconta ses meilleures histoires, comme en 63, au retour de Nantes. L'A.S.B. revenait simplement vainqueur de l'Armoricaine. René Bénéat lâcha: "Nous avons pris la poignée de sequins et ce n'est pas fini! " .

La déception du président Bannaire.



Les joueurs et entraîneurs après.
Stade. Alain De Martigny: Quel gâchis! "Certes on a manqué de réussite, mais on s'est surtout montré maladroit. On s'est créé suffisamment d'occasions dans ce match pour faire la différence. On a manqué de promptitude. Et puis nous avons surtout raté notre début de match sans que notre production ait été mauvaise pour autant. L'A.S.B. nous a bien attendu derrière. On ne pouvait la surprendre qu'en accélérant au maximum lorsque ses demis et ses arrières sortaient de leur zone. Les Asbéistes ont atteint le point de rupture en deuxième mi-temps mais on n'a pas su ou pu (tir sur le poteau de Vabec) en profiter. C'était à nous de faire le jeu mais quand l'équipe adverse masse autant de joueurs derrière et que les attaquants sont bien pris, on reste toujours à la merci d'un contre. II va falloir réagir et vite. Pas plus tard que samedi devant Rennes ".
Yannick Bonnec :" On n'a pas attaqué le match comme il le fallait, c'est-à-dire avec un pressing soutenu. Le vent, sans chercher d'excuses, a peut-être joué là un rôle important. Nous n'avons pressé les Asbéistes sur leurs buts qu'en deuxième mi-temps. Comme il y avait peu d'appels de balles, le porteur du ballon se trouvait gêné. Les solutions étaient rares".
Daniel Bernard : "On a gâché trop d'occasions et l'A.S.B. a bien joué le coup. L'occasion d'Iquel dans les prolongations? Je n'aurais commis une erreur que si le but avait été inscrit"... "Quelle douche froide" au propre et au figuré. L'expression de Daniel Bernard, se frictionnant, résumait très bien la situation, l'ambiance... dans le camp stadiste bien sûr. Oh ! Ce ne fut pas claironné. Plutôt lâché sur le ton de la confidence. Les petits bouts de phrases tombaient. Exprimant la déception, l'incrédulité. quand un événement vient de se produire on n'y croit pas encore tout à fait. " Il fallait marquer dans les 20 premières minutes, poursuit le gardien stadiste. Ils n'y auraient plus cru ".
Et Bernard concluait: "J'ai l'expérience de la Coupe. C'est toujours difficile. Ils ont eu de la chance aux penaltys. Deux fois les montants les ont aidés et j'ai touché deux ballons. Mais ils ont fait ce qu'il fallait faire . On ne se qualifie pas en étant hiérarchiquement inférieur si tout le monde ne fait pas un excellent match". Un hommage qui ira droit au cœur des "cousins d'en bas".
Honorine était à côté de lui. Les arrières aile ont-ils été suffisamment offensifs? " D'habitude il y a plus d'espaces. Du fait que nous dominions il y avait déjà trop de monde à l'approche de la surface ".
Lionel Justler: "Il faut se faire une raison. On ne sait pas jouer en coupe, sans qu'on puisse trouver d'explication rationnelle à cela. Et puis, au milieu, on s'est souvent marché sur les pieds, on n'a pas su trouver les bonnes solutions pour les surprendre. Décidément je n'irai jamais très loin dans cette épreuve... ".
PatrIck Parizon: "L'A.S.B. a bien utilisé les moyens qui sont les siens. Sa défense était très bien regroupée. On est venu buter sur elle par manque d'imagination. On a joué comme des novices ".
Uoudou Gueye :" Pendant tout le match on a eu un dixième de seconde de retard. On n'a pas pris assez de risques dans la finition et on a manqué d'agressivité. En fait on n'a pas joué en professionnels, sinon l'A.S.B. n'aurait pas vu un ballon ".
Y. Leroux. Je m'attendais à un match comme cela. Nous n'avions pas de tranchant à l'approche des 18 mètres.


Chacun essayait d'expliquer ce résultat, mais tous étaient unanimes. Sportivement, ils reconnaissaient la logique du résultat.


Les joueurs et entraîneurs après.
A.S.B.: Très vite, le vestiaire s'est rempli. Joueurs, bien sûr, dirigeants, supporters. Bref la cohue que l'on imagine. Et chacun d'y aller de son commentaire.
Christian Gouriou : " Comme dans un rêve".

Lorsque l'on analyse une rencontre de football en général, on insiste sur le rôle de la défense, de l'attaque, du milieu. Pas souvent, il faut le dire, sur celui du gardien. A moins que ce dernier ne se mette particulièrement en évidence, ce qui fut le cas du gardien Asbeiste dans le derby
" Un sans faute ", de l'avis générai. " Il s'est mis en évidence parce qu'il a été plus à contribution que d'ordinaire mais depuis le début de saison il nous fait des matches super " dit de lui Roland Bourse. " Nous avions bien préparé notre match, coupe Christian Gouriou. Mais ça ne se déroule jamais quand même comme on le pense". C'est vrai qu'on envisageait pas la victoire du côté de l'A.S.B. Mais secrètement, chacun quant même.. " Nous avions insisté sur le danger Vabec surtout. On ne l'a pas beaucoup vu mais à chaque fois il fut très dangereux. Heureusement Lannuzel l'a suivi partout. Ensuite il y avait le problème Martet avec les centres de Parizon au second poteau. Pallier avait la consigne de bien le serrer ". Ce qui fut fait mais il faut préciser que sa tâche fut facilitée par les excellentes prises de balles du gardien des " bleu ". Des ballons pourtant très difficiles, très liftés. Quand à la séance des penalties : " J'étais tendu, un peu nerveux. Roland (Bourse) m'avait dit que Vabec tirait à droite. Je l'avais vu à la télé tirer à gauche. J'aurai dû l'écouter. Sinon je n'avais aucun renseignement sur les autres joueurs. Je ne les ai jamais vu cette année. C'était l'aventure ". Une aventure dont on connaît l'issue.
Pierre Paugam, Christian Gouriou, Serge Lannuzel, tous :" C'est le plus beau jour de ma carrière ".
Gouriou : " Ce match je l'ai rêvé 3 ou 4 fois dans la semaine et il s'est déroulé comme dans mes rêves! Inespéré... Sur le penalty de Justier je suis parti de l'autre côté, mais j'ai eu la bonne idée de laisser traîner ma jambe. Et j'aurais arrêté celui de Pardo s'il n'y avait pas eu un faux rebond... ça ne fait rien, tout s'est déroulé comme on l'espérait: des centres de Parizon au deuxième poteau pour la tête de Martet. Mais ces centres qui n'étaient pas suffisamment tendus étaient a ma portée, et comme j'ai eu le bonheur de ne pas lâcher un ballon"...
Bianic: " En coupe je n'ai pas encore eu la chance de remporter un telle victoire. Nous n'avions qu'une petite chance, mais nous l'avons courue à fond. Tout est là ".
Philippe : " J'ai connu de belles victoires avec le Stade Rennais, mais celle-ci me touche davantage que n'importe laquelle ". " Chacun de nous connaissait son rôle sur le bout des doigts. Nous avons fait un match sérieux ".
Mellaza : " J'avais bien dit que nous gagnerions. Je suis d'autant plus heureux que Gueye et Le Roux ne m'ont pas caché que j'avais les moyens de tenter une carrière professionnelle ".
Lannuzel : " Vabec? Je ne l'ai pas vu mais je l'ai senti, II m'a laissé en souvenir un joli coquelicot à l'arcade ".
Cariou : " J'aurais dû tirer le penalty en force, mais c'est toujours ce que l'on dit après coup. J'ai voulu placer mon tir et il a bien anticipé ".
Iquel : " Je devais marquer, mais la vitesse avec laquelle Bernard s'est propulsé au-devant de moi m'a surpris. Et puis surtout le pied gauche n'est pas mon bon pied ".
Encore: " Mon seul regret c'est de n'avoir pas eu en face de moi mon copain Jocelyn Rico. le but que je rate? J'ai essayé du gauche mon plus mauvais pied... "
Penn : "On a eu un peu de réussite mais on n'a pas volé la victoire. La rentrée de Cariou nous a donné du sang neuf au moment où nous en avions le plus grand besoin ".
" On était fatigué bien sûr en fin de match, mais Le Roux par exemple n'était pas frais non plus. Et même dans cette période le Stade ne nous a rien montré".
Paugam : " Je suis à l'A.S.B depuis toujours. Depuis que je suis gamin. Si j'ai choisi l'A.S.B de préférence au Stade Brestois c'est tout simplement parce que Ménez-Paul était plus près de chez moi. Ce soir je ne le regrette pas! ".
Le Bouédec (en riant) : " Moi ça ne ne me fait ni chaud ni froid cette victoire. J'ai connu les 16èmes la saison dernière avec l'U.S Montagnarde. Alors... ".
Vasseur : " Les gars du Stade n'ont pas joué avec un "esprit coupe ". Dès lors cette élimination leur pendait au nez, surtout que nous avons un très bon gardien. Et puis le Stade Brestois n'a pas pris assez au sérieux notre victoire devant Rennes, même si le match était amical. Aujourd'hui elle prend toute sa signification ".
Encore " Le Stade n'a eu qu'un seul tir véritablement dangereux. Celui de Vabec sur le poteau. C'est ça qui est décevant de leur part. Ceci dit, nous avons appliqué un marquage très strict et puis nous avons été en permanence en surnombre. Penn et Iquel par exemple ont beaucoup gêné leurs arrières latéraux lorsqu'ils voulaient monter ".
Bourse : " Je vais être sincère: je n'espérais pas la qualification. Mon seul espoir était que l'équipe tienne le plus longtemps possible. Mais ils ont tous très bien joué et le milieu, comme je le pensais, n'a pas souffert de la comparaison avec le milieu adverse. Par contre je craignais que le Stade Brestois ne fasse la différence dans d'autres lignes. Heureusement Lannuzel a bouclé Vabec. A partir de là tout était possible car j'ai une équipe capable de coller à l'adversaire pendant 90 minutes. Mais j'ai cru que la qualification s'envolait lorsque Bernard a arrêté le penalty de Cariou: j'avais juste cinq tireurs. Les autres ne voulaient pas entendre parler de l'épreuve des penaltys ! ".
Encore: "Je ne me faisais pas trop d'illusions bien sûr, mais ce que j'espérais. C'est que nous parvenions à jouer normalement. Comme nous le faisions en début de saison. Je crois que sur ce plan aussi nous avons gagné!".
Gergo: Les yeux embués de larmes, Martial, le premier, s'est engouffré dans le vestiaire. Ah! la belle, l'inoubliable, l'incroyable soirée! Ça fait vraiment plaisir. Ça me rappelle notre épopée de 63.
Charlot Colemard (pince sans rire) déclarant: " Nous avons toujours été fair-play avant le match, en disant: que le meilleur gagne! ".
Jean Cariou: remarquait simplement: " Et dire que nous n'avons pas prévu le champagne... "


Les conséquences.
Stade.
Président Michel Bannaire:
livide, lèvres pincées, a convoqué tout l'effectif professionnel aujourd'hui lundi, à 14 h.
Directeur sportif René Charlot: ... a donné immédiatement sa démission. On suppose qu'il la reprendra à la demande, qui sera chaleureuse, nous n'en doutons pas de son président, mais c'est assez dire l'ampleur de la secousse.
"Gèl de toutes les primes jusqu'à la fin de la saison!"
Le Stade Brestois n'a pas fait samedi soir un match professionnel. Aussi ai-je décidé de geler d'ici la fin de la saison toutes les primes… Le gel des primes ne veut pas dire que celles-ci ne seront pas versées en fin de saison. Surtout si celle-ci est couronnée par une accession. "Mais elle resteront bloquées jusque-là ".
Bannaire a aussi tenu à mettre l'accent devant des joueurs ( qui n'ont pas tous apprécié cette sanction ) sur la différence qui existait entre des dirigeants bénévoles qui n'attendaient pas après le club pour vivre et des joueurs dont le football était l'unique moyen de subvenir à leurs besoins. " C'est un problème général, les joueurs ont les moyens de réussir ou d'échouer. Ce sont eux qui déterminent les bons ou les mauvais résultats. Certains ne semblent pas comprendre cette façon pourtant évidente de voir les choses ".


Avenir.
Stade.
Pas assez de recrues: Ces difficultés, sans être insurmontables, sont telles que le Stade Brestois aura du mal à équilibrer son budget et qu'il lui faudrait, pour oublier ces soucis, terminer la saison avec une moyenne de 11.000 spectateurs, ce qui ne sera pas le cas. Il n'y a pas le feu et Michel Bannaire a déjà prouvé qu'il était à la fois un battant de grande envergure et un gestionnaire avisé. Mais la victoire de l'A.S.B., véritable coup de pied de l'âne, compromet un peu plus l'éventuel retour, dans de bonnes conditions, du Stade Brestois en division 1. C'est à dire avec une équipe très nettement renforcée. Car celle qui a été battue samedi sur son terrain n'a rien à faire parmi l'élite.
... L'incidence de ce match est sans doute beaucoup plus importante que l'on ne pense. Non pas pour l'A.S.B. mais tout le football à Brest. En ce sens que le Stade Brestois a, ce week-end, hypothéqué une grande partie de sa prochaine saison. Le club avait fait de gros efforts pour remonter en première division et comptait en faire d'autres pour se faire, enfin, une place au soleil parmi l'élite. Les renforts devaient être de qualité pour ne pas répéter l'erreur d'il y a deux ans. Le manque à gagner que représente la défaite devant l'A.S. Brestoise, n'est donc pas seulement d'ordre financier. Il est un coup d'arrêt à tous les efforts des dirigeants. Il est un coup d'arrêt à la progression du football à Brest. Mais que les joueurs de Roland Bourse se rassurent, ils ont rappelé que l'enthousiasme avait son prix en football. (Yves Ménez)

A.S.B.
Pascal Mellaza au Stade rennais ? Deux dirigeants du Stade rennais, M. Dimier, président, et M. Tersiquel, assistaient au derby brestois. Afin, bien sûr, d'espionner le Stade brestois qui accueillera le Stade rennais samedi prochain, mais aussi pour une autre raison: voir Pascal Mellaza à l'œuvre.
Les dirigeants rennais ont, semble-t-il, obtenu l'accord, pour la saison prochaine, du jeune espoir de Lampaul-Plouarzel. Celui-ci, en tout cas, se rendra à Rennes cette semaine.


Finances.
Stade.

Michel Bannaire: ... n'a pas caché que cette élimination était un coup dur sur le plan financier. Certes, le Stade Brestois n'avait pas misé exagérément sur la Coupe de France puisque, dans son budget, les prévisions des recettes de la Coupe étaient de cinq millions de centimes et qu'il en a réalisé à peu près le double à l'occasion de ce derby. Mais, sur l'ensemble de la saison, les rentrées d'argent ne sont pas aussi importantes que le Stade Brestois l'escomptait: la ville a restreint son aide par rapport à la division 1 et, de surcroît, les subventions accordées se font attendre; le conseil général a été sollicité comme la saison dernière (il avait accordé 11 millions) mais il n'a pas donné suite; les recettes de l'Armoricaine ne sont pas tout à fait celles que le club espérait.

A.S.B.

Prime: Chaque joueur de l'A.S. Brestoise (une quinzaine formant l'ossature de l'équipe première) touchera une prime de qualification s'élevant à environ 100 000 centimes. Les deux clubs bénéficieront de la péréquation.


Malgré toutes ces vicissitudes, malgré de nombreuses humiliations, malgré un immobilisme dangereux et coupable (ça ne fait qu'un an et demi que l'un des ex-plus grands clubs de l'Ouest joue à la lumière artificielle!), l'A.S.B. a réussi à survivre. Grâce à la fidélité de quelques hommes à la couleur bleue, mais, avant tout, grâce à la passion de quelques éducateurs: à Ménez-Paul les portes ont toujours été grandes ouvertes aux jeunes et il n'est pas inutile de rappeler que l'A.S.B. a disputé une finale de coupe Gambardella en 73 alors que les derniers tours de cette épreuve sont depuis longtemps la chasse gardée des clubs professionnels. Et, dans les critériums de l'Ouest, ces championnats réservés aux jeunes, l'A.S.B. a tenu la dragée haute au Stade Brestois jusqu'à la saison actuelle.(Ndlr 1981)
Avec une telle école, l'A.S.Brestoise a préservé l'essentiel: son football. Son jeu est resté cohérent malgré l'insuffisance notoire de joueurs de grand talent. Et, évidemment, si le club de Ménez-Paul a perdu sa splendeur, il en a gardé la fierté.

Mot du présidentHistoire : Menez-Paul : Partenaires : Ils ont porté notre maillot : Convocations : Contacter l'A.S.B. : Arbitres : Index : Anciens dirigeants, éducateurs & arbitres.
Mise à jour: mer 19-mai-04 9:35 x