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Nantes le 10-03-1963. Huitième de finale de la Coupe de France. Racing - A.S.Brestoise.

Avec l'A.S.Brest, la Coupe de France rajeunit de 27 ans.

Les titres de la presse:

* "Bravo petit"


Les visages irradient la joie chez les Brestois après la victoire sur le Racing (1-0). M. Guiard, vice-président de l'A.S.Brestoise, crie à Le Pape, ailler gauche et auteur du but victorieux, qu'il a pris par les épaules (à g): " Bravo petit!". A droite, on reconnaît l'entraîneur Martial Gergotich qui s'efforce de demeurer Impassible.

Titre de l'Équipe du 12-03. (Photo André Lecoq)

* Les joueurs du dimanche ont éliminé les super vedettes. (Noir et Blanc)

* Un but de Le Pape à la 57ème minute donne une victoire régulière à l'A.S.brestoise devant le Racing qu'elle égala sur le plan technique et qu'elle surclassa sur le plan tactique. (André Herné)

* Devant 4200 spectateurs médusés, l'A.S.Brestoise, magnifique de cran et de volonté & abattu un Racing sans conviction!

* Explosion de joie à Brest: Un but de Le Pape élimine le Racing!

* Le Racing n'a pas de punch. Brest se montre le plus réaliste. (l'Équipe)

* "Et ne me parlez plus de l'équipe de 1936" ! de... Martial Gergotich.

* L'exploit des brestois... (Ouest France)

* Jour de gloire pour l'A.S.Brestoise qui élimine le Racing 1 à 0 sur contre-attaque. (Ouest France)

* Avec l'A.S.Brest, la coupe rajeunit de 27 ans... (France Football).

* A Brest l'exploit et le Challenge France Football. (France Football)

* A.S.Brest: Pavillon haut! (Football Magazine)

* Le petit poucet brestois élimine l"ogre" Racing.

* Les brestois ont fêté leur victoire par un repas pantagruélique. (France Soir).

* ... Taillandier est battu: l'A.S.B. sera le seul club amateur à jouer en quart de finale de la coupe de France. (NDLR: Titre suivi d'une photo sur une page entière ou l'on voit Le Pape battre Taillandier)

* On ne saurait trop répéter à Pierre Pibarot que l'A.S.B. a joué devant le Racing à sa manière habituelle!

* Après notre victoire, j'ai été bouleversé par les larmes du remplaçant! (René Rolland).

BREST b. R.C.PARIS: 1.0 (0-0).
Temps ensoleillé puis pluvieux. Pelouse bonne, puis glissante, Vent violent soufflant dans la longueur du terrain. Arbitrage de M. Malleville.
Recette: 17.464 fr. 65 pour 4.202 spectateurs.
But: Le Pape (60
ème) pour Brest.
Il ne,restait quelques secondes à jouer, et, recevant un centre d'Ujlaki, Farias, aveuglé par la pluie, tira au, dessus de la transversale. C'était terminé. M Malleville siffla pour la dernière fois. Le Racing était éliminé de la Coupe de France à l'issue d'un match qu'il avait dominé et n'aurait jamais dû perdre. Certes, le Racing a joué infiniment de malchance devant une équipe de Brest qui elle, se tira d'affaire souvent avec beaucoup de bonheur. Certes, aussi, le vent très violent apportant vers la période ultime des rafales de pluie ne permit pas aux parisiens de disposer normalement de leur incontestable maîtrise technique mais les Racingmen manquèrent surtout de vitesse d'exécution, d'engagement physique et de décision. Pourtant, le débat n'avait pas pris une mauvaise tournure pour les Parisiens, puisque, après une première attaque des Bretons, ils se décidèrent à prendre le match délibérément en main et à utiliser au maximum l'avantage du vent dont ils disposaient. C'est ainsi qu'ils se montrèrent immédiatement dangereux, par un tir lointain de Bollini, un centre tir inquiétant de Charpentier et, quelques essais de Marcel, Bollini et Farias. Mais dans les buts adverses se trouvait l'immense Rozan (1 m 87) qui est évidemment excellent sur les balles hautes.
Les Bretons réagirent par quelques contre-attaques rondement menées, le plus souvent par Cerveau, essayant de tirer parti de ses camarades Coat et Brochant. Au fil des minutes, le Racing resserrait son étreinte et il ne faisait aucun doute qu'il allait vers un indiscutable succès. On crut bien que cette victoire allait prendre enfin tournure lorsqu'un tir de Bollini (15ème) obligea Rozan à lâcher le ballon pour le reprendre dans des conditions invraisemblables; lorsqu'une percée solitaire de Farias fut stoppée "in extrèmis" 17
ème ; et aussi peu avant la pause, sur un tir splendide de Lagadec, que Rozan dut détourner acrobatiquement en corner. La fin de la première période vit l'attaque brestoise inquiéter de façon expresse Taillandier, d'abord (36ème) lorsque Le Borgne et Brochant, partis en une-deux, furent arrêtés de façon assez, suspecte par les défenseurs dans la surface parisienne; puis (43ème), lorsque Le Pape reprenait d'un remarquable coup de pied de volée un corner donné par Cerveau et expédia le ballon juste au-dessus de la barre.
A la pause, après avoir échoué lorsqu'il bénéficiait du vent on se demandait si le Racing allait enfin pouvoir concrétiser sa domination, alors que son adversaire allait évidemment à son tour disposer de cet avantage. Et pourtant, dés la reprise, les Parisiens semblèrent s'accommoder beaucoup mieux de cette nouvelle situation. Peut-être parce que le ballon se trouvait constamment freiné dans ses courses, peut-être aussi parce qu'il se trouvait face à la nécessité de mener des offensives parfaitement construites. Il y eut durant un moment quelques gestes de nervosité entre les joueurs, mais il n'y eut quand même pas le moindre geste de réelle brutalité. Les hommes de Pibarot faisant à ce moment pratiquement cavalier seul, il était raisonnable de penser que leur nouvelle conception de l'offensive allait porter ses fruits. C'est ainsi qu'Ujlaki s'échappa mais, déséquilibré par Le Borgne, tira à coté (54
ème). Mais, petit à petit, ce manque de réussite permettait aux amateurs de s'enhardir, et après quelques tentatives qui échouèrent sur Marcel et Bollini, ils parvinrent à leurs fins.
Portée par presque tous les joueurs finistériens, la balle fut transmise par Cerveau à Brochant. Celui-ci décrocha Lagadec et centra en direction de Coat au moment ou il allait être contré par Polrot. Il évita cette opposition en déviant sur sa gauche. Le Pape arrivant à la rescousse, évita Taillandier et tira victorieusement. Abasourdis par ce coup du sort, les Parisiens mirent quelque temps à réagir, tant et si bien que Cerveau manqua bien d'aggraver la marque. Et puis, fouettés par la nécessité absolue de marquer, les Racingmen partirent à l'attaque. Ujlaki se porta le plus souvent à l'aile droite, ce qui lui permettait d'éviter l'excellent et rugueux Le Borgne. Jusqu'à l'ultime minute, ce fut une sarabande effrénée devant le but breton, une série de tentatives désespérées qui n'aboutirent pas, par malchance évidemment, mais aussi par maladresse. Ujlaki, sur coup franc, dirigea la balle vers Marcel dont le coup de tête échoua dans les bras du gardien. Puis un centre, encore d'Ujlaki, ne put être exploité par Farias contré au tout dernier moment. Farias, encore, tira dans les jambes adverses et alors, la pluie commença à tomber violemment, aveuglant totalement les Parisiens, rendant le terrain glissant et le ballon difficile. Au Racing, qui n'était évidemment pas dans un de ses meilleurs jours, on ne peut pas prétendre cependant que les joueurs aient fait une mauvaise partie. Il eût fallu un buteur.
Le meilleur Parisien a été Bollini qui se montra souverain au milieu du terrain. En attaque on ne vit guère qu'Ujlaki tenter de renverser la situation. Malheureusement la plupart de ses actions ne trouvèrent pas la réception.
Chez les vainqueurs, il n'y a pas à vrai dire une personnalité marquante. L'équipe forme un bloc solide. Homogène, jouant dans un remarquable esprit collectif et réaliste. Hier les Bretons ont gagné, ils ont eu de la chance certes, mais la chance il faut aussi savoir la forcer.
La victoire de l'A.S.Brestoise sur le Racing va permettre aux Brestois d'accéder pour la deuxième fois aux quarts de finale depuis 1936. C'est un succès particulièrement sympathique, car les " Bleus de France ", comme on les appelle en Bretagne, y sont aussi populaires que le Stade Rennais. Depuis la Libération, l'A.S.B. est le cinquième club amateur qui parvient aux quarts de finale: Arago Orléans (1945), Arras (1949), Sedan (1950) et Draguignan (1955). L'A.S.Brest est en C.F.A. où elle tient toujours un rang enviable dans le groupe Ouest. C'est un très vieux club civil qui n'a rien à voir avec l'arsenal ou avec une industrie locale. Son rival est le Stade Brestois, club de patronage. L'entraîneur brestois Martial Gergotich est la modestie même. Il n'a quitté Brest que pour jouer en professionnel à Alès (où il eut Pibarot pour entraîneur) et Nantes. Puis il revint bien vite au pays comme entraîneur-joueur (il jouait demi droit) puis comme entraîneur et secrétaire administratif. L'A.S. Brestoise enlève avec brio et sans discussion le 13' Challenge "France Football". Ce club est un de ceux qui manquait au palmarès du Trophée Marcel-Oger. C'est le deuxième club de l'Ouest quî enlève le challenge après le Stade Pontyvien (1953). En 1956, les Brestois, battus par Lyon en huitièmes de finale dans le temps réglementaire, avaient été coiffés par Caen battu par Lens à la prolongation. C'est l'honnête Gergo lui-même qui l'avait signalé et s'était incliné sur ce point du règlement. Un fait curieux: le tombeur du Racing, Le Pape, qui avait déjà marqué contre l'A.S.Strasbourg, n'est pas qualifié pour le C.F.A., car il a joué Ies premiers matches avec Quimper. On reproche quelquefois à l'A.S.Brestoise de jouer un jeu trop sage, trop classique, trop technique. C'est pourquoi on pensait généralement que le Racing "s'accommoderait" mieux du jeu brestois que du jeu strasbourgeois plus à l'emporte-pièce. Oui, mais il fallait alors jouer beaucoup mieux que l'A.S.B. Et ce ne fut pas le cas. Un grand bravo aux " Bleus de France ". N'oublions pas enfin que l'A.S. Brestoise, qui fut déjà finaliste du C.F.A. en 1961, est deuxième du groupe Ouest, à 1 point de Fontainebleau, avec trois matches de retard. Dimanche, Fontainebleau vient à Menez-Paul. On peut compter sur plus de dix mille spectateurs pour applaudir les "tombeurs" du R.C.P..

L'Équipe. 11-03-1963.

La défaite du Racing: Une victoire tactique de l'A.S.Brest qui sut à Nantes s'accommoder du vent et de la pluie. Rien d'exceptionnel !..
Jugée à distance, la victoire de l'A.S.Brestoise apparaît exceptionnelle. Beaucoup ont même l'impression que la rencontre revêtit une rare intensité, fut émaillée de nombreux exploits surtout de la part des Brestois. Ainsi, on se trompe lourdement. Sur le Parc Malakoff, tout fut trop naturel pour revêtir un caractère particulier !.. A aucun moment, si ce n'est dans les dernières minutes, le Racing ne fit figure d'équipe capable de vaincre. Un esprit chagrin trouverait même que cette pression fut alors bien maladroite... Et c'est là que l'on comprend mal l'entraîneur Pierre Plbarot. Beaucoup de ses joueurs considérèrent les faits plus sainement, Ujlaki, Marcel et Taillandier entre autres. Dès le milieu de la première mi-temps, ce dernier avait même pressenti cette conclusion. Placés derrière sa cage, les photographes furent ses confidents. Le Racing, constamment, se laissa prendre au piège de la " zone" bâtie adroitement par Gergotich. Ses éléments, à deux ou trois exceptions près, furent inconscients du danger. Et leur jeu trop décomposé, sans inspiration, ne troubla jamais les Brestois. Calmement, ceux-ci interceptaient, dribblaient, ajustaient leurs passes... Et c'est ce sang-froid, cette défense "pensée" qui permettent d'estimer que cette victoire ne doit rien au hasard où à une débauche inhabituelle d'énergie. Les Brestois n'étaient pas survoltés. Ils ne se surpassèrent pas davantage. Ils jouèrent comme Gergotich leur a appris. Tout simplement ! Et, dans le championnat ils ont connu des instants plus difficiles. A Châteauroux, par exemple! là, le nul (0-0) arraché était vraiment heureux. Et un Rozan fut dans l'obligation de "forcer" sa nature. Rien de tel dimanche à Nantes... Et le fait que nul Brestois n'émergea vraiment appuie notre remarque! Le Racing n'a pas à accuser le vent ou la malchance. Et si les techniques ont été " nivelées " c'est uniquement parce que les Parisiens ont oublié que le football était aussi un engagement physique. Théoriquement, ils étaient les plus forts. Mais ils ne le prouvèrent jamais! Et au fond, ce fut l'A.S.Brestoise qui les manœuvra tactiquement. Pourquoi voulez vous, dans ces conditions que ce succès soit exceptionnel?

Ouest France.

Les brestois ont fêté leur victoire sur le Racing par un repas pantagruélique. Les Bretons ont déjà joué les Quarts de finale,... il y a 27 ans C'est à Quimperlé, dans un sympathique petit restaurant à l'enseigne de "Chez Nanane", que les joueurs, de l'A.S.Brest ont fêté, hier soir, leur victoire sur le Racing (1 à 0), Un menu pantagruélique les attendait. Ils y firent honneur. Après les huîtres de Belon, les palourdes grillées et les coquilles Saint-Jacques, il y eut le gigot aux flageolets et la pièce de bœuf pommes dauphine suivie de desserts variés. Le tout arrosé d'un excellent vin rouge, mais sans excès. Pas de champagne. " Pourquoi faire? " disait l'entraîneur Martial Gergotich. Ambiance joyeuse, heureuse, certes, mais pas bruyante. Les Bretons ne sont pas tellement exubérants. Ils ont la joie calme. C'est une joie intérieure. Il y eut quelques chansons, bien sûr. Cela commença dans le car en quittant Nantes. Les joueurs entonnèrent: "C'est la fanfare de l'A.S.B." Toute l'équipe regagna Brest en car. Trois cents kilomètres sur une route luisante de pluie avec halte pour le dîner. Au milieu des joueurs, Martial Gergotich, petit, solide, trapu, les cheveux gris taillés en brosse, parle peu. Mais on le sent profondément heureux de cette victoire qu'il n'osait pas espérer. Cette chance, les Brestois ont su la saisir. Ce fut leur grand mérite. La cinquante-neuvième minute... Un centre de l'ailier droit, Coat à l'avant-centre Brochant, une passe de Brochant à Le Pape, et ce fut le but à la 59' minute qui donna la victoire aux amateurs brestois. Victoire arrachée et puis défendue avec âpreté, vaillance, volonté au milieu des rafales de vent et sous une pluie diluvienne durant le dernier quart d'heure. Les Bretons surent résister jusqu'au bout aux assauts forcenés du Racing. Car le Racing s'est bien battu. Il a essayé, il n'a pas réussi. Marcel Galey cependant ne cachait pas son désappointement: C'est une équipe qui va à Vaud l'eau... disait-il Le choix de le Borgne... Ce fut un match ardent, acharné où le vent joua un rôle important. Il rendait difficile le contrôle de la balle et la précision des tirs et des passes en souffrit. C'est peut-être au moment du tirage au sort pour le choix du terrain que les Bretons gagnèrent le match. Ils avaient gagné le "toss" et Le Borgne, le capitaine, né malin. choisit de jouer contre le vent. Si nous tenons en première mi-temps, pensa-t-il, nous aurons le vent pour nous en seconde mi-temps et nous serons moins fatigués. C'est ce qui arriva. Les Bretons profitèrent des rafales qui poussaient le ballon vers les buts parisiens après le repos tandis que le Racing s'essoufflait à lutter face au vent. Brochant le Cannois, l'avant centre de Brest, le seul avec le Guadeloupéen Rozan qui ne soit pas Breton, disait sans forfanterie que la défense parisienne lui avait paru plus facile à passer que certaines défenses d'équipes amateurs contre lesquelles il joue chaque dimanche. Brochant est un Brestois de hasard. Il fait son service militaire dans la Marine. Aspirant, il sera incessamment promu enseigne de vaisseau et peut-être affecté ailleurs. Mais il espère bien rester encore un an à Brest. C'est-à-dire jusqu'à la fin de son service. Et les Brestois l'espèrent aussi. Il fut hier avec Coat qui ressemble à Kopa et Le Pape, auteur du but, un des meilleurs attaquants bretons. C'est la deuxième fois que Brest se qualifie pour les quarts de finale de la Coupe de France. La première fois c'était en 1936. Ils avaient battu le C. A. P. et Roubaix, il y a vingt-sept ans.

(France Soir 12-03-63)

Nantes. But de Le Pape à la 57éme, sur passe de Bernard Brochant après un relais de Cerveau. Taillandier et les pros du Racing sont battus. Victoire régulière de L'A.S.Brestoise. L'auteur du but de la victoire fut l'ailier gauche Le Pape, dont nous avions signalé les mérites lors du match des Bretons contre Strasbourg. L'ailier droit Coat, par un centre, le centre avant Brochant, par une bonne déviation de balle préparèrent le tir de Le Pape (59" minute). Le R.C. Paris, dont l'entraîneur avait cru utile de venir observer le Jeu des Bretons au tour précédent, fut pris au piège de la tactique de contre-attaque qu'il applique systématiquement. Les professionnels dominèrent territorialement, mais les contres adverses les mirent fréquemment en difficulté, notamment en fin de partie où un tir de l'Inter droit Cerveau faillit aggraver la marque. En première mi-temps déjà, des shoots de Brochant et des percées de Coat, très encouragés par les 4.200 spectateurs nantais, avalent fait planer une menace sérieuse sur Taillandier. Il est curieux que le Racing, qui fut durant la première partie de la saison un adepte du Jeu de contre attaque, ait été victime du même expédient. Sous ce rapport la victoire des amateurs brestois a une signification que le Racing, mais aussi d'autres équipes appartenant à l'élite, auraient le plus grand Intérêt à méditer.

Sur le terrain. La manière audacieuse fut employée. Capitaine du "onze", Le Borgne avait pour consigne, s'iI remportait le toss, de choisir d'opérer d'entrée contre le vent. Ainsi, les forces physiques intactes, la résistance était plus facile! et si la défense tenait, il serait ensuite toujours temps d'aviser... Le Borgne gagna le toss. La défense ne s'en laissa pas conter! Pour le reste, la parole appartint à Le Pape.

Ouest France. 11-03-1963.
Gergotich: Le Plus grand K.O. de ma carrière. Jamais nous n'avions vu Martial Gergotich aussi calme pendant un match. A peine s'il grilla trois cigarettes durant les 90 minutes. Nous ne l'entendîmes pas, non plus, donner des ordres à ses joueurs sur le terrain. Les seules paroles qu'il prononça furent pour Graveur, le remplaçant de l'équipe, assis près de lui, et encore ce n'était que pour commenter, à voix basse, quelques décisions de l'arbitre. Enfin, on ne reconnaissait pas Martial, pour qui ce match semblait être un match comme les autres. Et subitement le ressort craqua. Cela se situa exactement à la 90' minute lorsque l'arbitre libéra les équipes. Martial Gergotich se montra incapable de prononcer le moindre mot. Ses mains tremblaient. Tout juste s'il réussit nous dire: "Je suis K. O.". Et il lui fallut bien cinq minutes pour reprendre ses esprits et pour recevoir les félicitations d'usage. Martial souriait maintenant franchement. Le voile noir était passé.
"Oui. j'ai cru à la victoire", reconnaissait-il, lorsque nous avons marqué ce but. Étant donné que le Racing n'avait pas réussi à passer notre défense en première mi-temps. Il y avait gros à parier qu'il n'aurait pas plus de succès après la reprise. Parce que notre défense, il faut la passer, vous savez. Quand même, battre le Racing, c'est un événement ".
L'A.S.B. avait déjà "épinglé" quelques formations professionnelles à son palmarès, mais jamais un "grand". Or là, nous avons triomphé de l'une des meilleures formations françaises et notre succès n'est pas immérité .
Et l'on en vint aux félicitations. Celles de M. Deshayes, président général du Racing... "Monsieur, je vous félicite. Vous avez fourni un très bon match et vous vous êtes bien battus. Bien sûr, la chance n'a pas toujours été avec nous, mais c'est la loi du sport. Bravo Monsieur... "
Et Martial de répondre: "La chance, oui, bien sûr, il en faut..."

La joie des brestois contraste avec la déception du racingman Jean Jacques Marcel.
Et encore une victoire pour l'équipe des amateurs de l'A.S.B.
Ce fut la victoire de l'entraîneur. Ce fut, également, le triomphe d'un certain sens collectif.
Les Brestois ont rappelé que le football était avant tout un sport d'équipe et qu'il exigeait, parfois, de ses pratiquants, un esprit de sacrifice. Car, sans cela, les méthodes les plus savantes, les techniques les plus fouillées sont vouées à l'échec!
Si !e Racing, à l'élégance un peu trop hautaine, retenait la leçon, il n'aurait pas, quand même, perdu complètement sa journée.
Mais en est-il capable?
Ouest France. 11-03-1963.
Martial porté en triomphe par ses joueurs.

Qualification en 8ème à Nantes:
De G a D: Rozan, Coat, Drogou, Martial, Marzin, Brochant.

La fin d'un complexe. Martial Gergotich hissé sur les épaules de ses joueurs, onze garçons fourbus, trempés, hurlant à tue-tête des chansons alertes...
Ce furent là, les dernières images de ce Racing - A.S.Brestoise. Et ce furent, peut-être, les plus importantes... Car, elles vous expliquent tout. Le match et ce résultat apparemment surprenant... Le Racing, c'était onze garçons venus sur ce stade de Malakoff beaucoup plus par obligation que par goût.
L'A.S.Brestoise, c'était une équipe. Une véritable équipe !... Et personne ne se trompa sur la nature de la victoire. Pas même ses auteurs!
Et l'hommage rendu à Martial Gergotich était aussi spontané que sincère! Cette qualification, c'était son œuvre...
Responsable de l'A. S. B. depuis de longues années, Martial Gergotich, jusqu'à présent, avait connu d'incontestables réussites. Notamment, il avait été champion du groupe Ouest de C.F.A. Mais, il se trouvait toujours des gens à faire la fine bouche. "Ah! cela ne valait pas la formation de 1936, disaient-ils. Cette année-là, nous avons été quarts de finaliste de la Coupe..."
Et Gergotich rongeait son frein !...
Aujourd'hui l'équipe de 1963 a rejoint celle de 1936. Elle figurera désormais, en bonne place au siège. Dans un cadre... doré!
Et c'est à son entraîneur qu'elle le doit. Pour la tactique qu'il a mise au point. Et surtout pour son influence. Celui-ci n'ignorait pas que l'arrivée de l'A. S. B. à cette phase de la compétition était quelque peu heureuse. Sur quatre matches, trois avaient été rejoués. Et toujours une prolongation avait été nécessaire! Beaucoup n'avaient pas confiance. Il le comprenait. Sa force fut d'oublier ce passé récent, de ne jamais s'occuper de son adversaire!
La composition de sa formation ne l'intéressait pas... C'est le moral, la volonté de ses éléments qu'il travailla. Sans relâche! " Un joueur est un joueur, ne cessa-t-il de leur répéter. Tout est possible quand on le désire ardemment. Pour la première fois, le championnat passait au second plan! Pour effacer le complexe de... 1936 Gergotich était même disposé à le sacrifier...
Mais, dans l'éloge, ses camarades de pointe Brochant et Robert Coat seront associés. Ces trois avants avaient la tâche la plus délicate. Délibérément, ils étaient abandonnés, livrés à eux-mêmes sur la pelouse de Malakoff... On ne leur demandait qu'une chose: se battre. A deux, voire trois contre un, Le Pape, Brochant et Robert Coat se battirent. Ils coururent ou s'accrochèrent à toutes les balles. Et pour les 4.200 personnes présentes (dont 300 supporters Brestois) ils ne tardèrent à être le symbole de la volonté brestoise. A chacun de leurs départs, la foule scandait : "Allez les bleus, allez les bleus... ". Et comme les Parisiens étaient vêtus de rouge, on avait l'impression d'assister à une guérilla de partisans... Quand, las, épuisés même, Le Pape et Robert Coat se tordirent de douleur dans l'herbe humide, les cris de ce même public les firent se redresser. Et rageurs, obstinés, ils retournèrent à la lutte!
Ouest France. 11-03-1963.

Comment ils ont joué Nantes. Il n'est pas question de dissocier les joueurs, dans les éloges. Ils participèrent tous, dans une égale proportion, à la victoire finale. Disons simplement que sur le plan technique, l'A. S. B. pratiqua le 4-2-4, comme à l'accoutumée. Elle ne prit pas de dispositif particulier, à l'égard d'un attaquant quelconque du Racing.
Tétot, ainsi qu'iI est de règle désormais, attaqua le premier le possesseur du ballon, et Le Borgne joua à merveille, et parfois même de façon un peu trop décontractée, son rôle d'arrière de couverture. C'est ainsi qu'Il eut, en première mi-temps, une passe assez hasardeuse à son goal, et en seconde mi-temps, un dribble, dont faillit profiter Ujlaki. A part ces deux erreurs, Il fut Impérial, décourageant l'attaquant par son aisance technique, et relançant sa propre attaque, grâce a ses longs shoots précis et tendus.
K.erdraon fut extrêmement précieux, grâce surtout a son placement, qui lui permit de réparer deux ou trois erreurs de Rosan, trompé par des shoots d'Ujlaki.
Marzin, Drogou, Cerveau, au centre du terrain, s'en rendirent maîtres bien souvent, devant les racingmen, sidérés.
Drogou opéra en retrait, où Il rivalisa d'adresse technique avec ses adversaires.
Marzin, quant a lui, abattit un travail extraordinaire, en portant la balle d'arrière en avant.
Cerveau fut le digne complément de ces deux hommes. Son action dans l'attaque fut toujours prépondérante, grâce a ses dribbles nets et précis et ses services, aussi bien courts que longs. Les avants de pointe, qui avalent pour mission de courir après toutes les balles, tinrent vaillamment le choc, mais eurent une fin difficile.
Le Pape et Brochant, notamment, souffrirent de crampes, et Coat, de son côté, se ressentit en seconde mi-temps, de sa déchirure musculaire.
Des trois, Le Pape fut le plus dangereux, grâce a ses dribbles et ses reprises acrobatiques. Mais Brochant, toujours sur l'homme, et courant après toutes les balles, à la limite du hors-jeu, finit par faire perdre son calme au pourtant flegmatique Polrot.
Pibarot : " Un Racing courageux mais désorganisé " Dans le hall d'arrivée de la gare Montparnasse, au moment du retour des joueurs du Racing, un vendeur de journaux camait sans vergogne les événements du dimanche: l'élimination du club parisien par les amateurs de Brest venait en bonne place dans l'énoncé. L'entraîneur Pibarot commentait aux amis venus l'attendre, la déroute de ses joueurs: "On ne peut leur faire des reproches que sur le plan tactique. Ils se sont battus ; on n'a pas vu contre Brest une équipe de dilettantes mais dans les 18 mètres adverses les passes, les tirs étaient trop imprécis . C'est pour cela que cette défaite me navre mais ne me désespère pas. Nos adversaires n'ont adressé en tout et pour tout que deux tirs dont un a fait mouche. Le vent a d'ailleurs joué un grand rôle dans cette explication qui jusqu'à la fin aurait pu tourner à notre avantage ".
" Quant aux responsabilités personnelles, je suis obligé de constater que Farias a été le moins en forme de nos attaquants. J'avais été obligé de faire appel à lui pour palier les absences de Van Sam, Tokpa et Milutinovic. Ce dernier surtout nous a manqué." Ce pauvre Farias, contrairement à Grizzetti, qui lui aussi faisait sa rentrée, n'a pas su s'adapter, il a même empêché Charpentier de tenir le rôle qu'il aurait dû jouer. C'est dommage, dans notre attaque, Heutte et Ujlaki faisaient preuve d'une combativité digne d'une meilleure réussite".

Roger Constantin.

Pibarot: "Le vent a nivellé les valeurs". On dit volontiers que les Bretons sont des gens froids, mais il suffisait de voir hier après Ie match les joueurs de l'A.S.Brestoise pour se rendre compte que ce n'est pas toujours le cas. Un certain mutisme régnait seulement, provoqué par l'immensité de la surprise. L'entraîneur Gergotich, lui, était complètement paralysé par l'émotion. Après être sorti de la pelouse sur les épaules de ses joueurs, il répétait seulement " Il faut y croire... Il faut y croire... " M. Guiard, le vice-président affirmait à la ronde, : "Je pense, messieurs, que vous ne regrettez pas d'avoir fait le déplacement. Personnellement, j'ai toujours admis que ce succès était possible, mais, enfin, sincèrement je ne le croyais pas." Le Pape, l'auteur du but de la victoire, se défendait contre des telles citations excessives: " Je ne peux pas me targuer d'avoir fait gagner mes camarades. Je suis arrivé, j'ai vu le ballon, j'ai tiré, j'ai marqué, tant mieux pour moi, mais vous avez vu que ce ballon avait été amené devant le but à la suite d'un travail collectif; tous les joueurs avaient pratiquement successivement touché la balle. J'étais le onzième: il fallait bien que ce soit moi qui marque le but! "
Le président du Racing, M. De. Haye, vint féliciter l'entraîneur et les responsables brestois. Il le fit en ces termes: " Bravo! Vous avez une bonne équipe qui joue bien au ballon. Vous avez eu un peu plus de chance que nous."
A quoi l'entraîneur brestois a répondu: " Que voulez-vous, il nous en fallait bien! ".
Pierre Pibarot déclara de son côté : "Nous sommes navrés. Je ne peux pourtant rien reprocher à mes joueurs. Ils n'ont jamais fait preuve de laisser aller ; ils ont abordé cette rencontre avec tout le sérieux désirable. Je pense quand même que nos avants de pointe ont été insuffisants. Ils ne se sont pas engagés assez dans la mêlée, ou pas assez vite. Par contre, ils ont fait preuve, par moments, de trop de précipitation. D'autre part, il ne faut pas oublier que le vent violent a nivelé les valeurs. Brest possède certainement une bonne défense et une force de contre qui tout de même ne nous a pas ébranlés. Une seule occasion de but, voilà "

l'Équipe. 11-05-1963.

Pibarot. En conversant avant le coup d'envoi, avec Martial Gergotich dans les couloirs du vestiaire, comme on lui demandait son opinion sur le match, répondit par cette formule passe partout :
- Que le meilleur gagne. Ce qui fit sursauter Martial Gergotich, qui répliqua :
- Vous n'êtes pas gentil pour moi! Le match terminé, Martial, s'il était machiavélique, aurait pu renvoyer l'ascenseur à son professeur es-tactique. Pibarot, s'il avait été beau joueur, aurait dû aller féliciter celui qui fut son élève. Mais Martial a le triomphe modeste et Pibarot l'estomac allergique à la victoire de l'adversaire. On comprend aussi maintenant pourquoi le Racing attire si peu la sympathie sur son passage. L'exploitation excessive qu'il avait faite des événements de Rennes (événements fort banals avec le recul du temps) et l'insistance systématique avec laquelle, à Paris, il est en train de démolir la victoire de l'A. S. B. relèvent manifestement de la vanité du seigneur du Moyen Âge exaspéré et humilié qu'on ait pu lui résister. Or, répétons-le, et Pibarot aurait dû être le premier à le reconnaître, l'A.S.brestoise a gagné ce match à sa manière habituelle. Elle n'a pas cherché par exemple à marquer tel joueur plutôt qu'un autre, Ujlaki plutôt que Grizetti. Elle fait confiance à son dispositif tactique habituel, celui qu'elle a mis au point et rodé en championnat, celui qui lui a permis aussi de ne pas succomber en Coupe de France devant des clubs de division d'honneur en mal d'exploit. Le matin, dans le Central-Hôtel où l'équipe était descendue, Marzin disait à l'un de ses camarades, inquiet de voir Ujlaki jouer en avant de pointe:
- Pourquoi vouloir le marquer d'une manière particulière? Jouons comme d'habitude.
Et l'A.S.brestoise a joué comme d'habitude. Voilà le fait important qu'on ne saurait jamais assez répéter. Son "quatre défensif" a fait merveille, mais comme il le fait habituellement.
Bertrand Lessard, qui n'avait pas encore vu jouer l'A.S.B. cette année résumait ainsi ses impressions après le match:
- C'est une victoire de Gergotich sur Pibarot. Le Racing n'a jamais su par quel bout prendre la défense asbéiste. Au bout de 45 minutes, on savait déjà que cette défense ne pouvait plus être tactiquement battue. Dans cette manière de juger, on reconnaissait, chez Lessard, l'ancien footballeur qu'il fut (il porta les couleurs de l'A.S.brestoise) et le joueur d'échecs qu'il continue d'être.
S'il lui est naturel de voir le match sous cet aspect, il faut reconnaître qu'il constituait hier l'essentiel. Car quand on les examine un à un, peut-on dire que les joueurs asbéistes se soient surpassés ?
Non! Prenons-les.
Rosan : on l'a vu plus sûr de lui. Il est vrai que le vent faussait sans cesse la trajectoire de la balle.
Tétôt-Le Borgne: égaux à eux-mêmes; le dernier nommé impérial, mais un tantinet trop décontracté.
Kerdraon : excellent, le seul qui ait peut-être Joué un ton au-dessus que d'ordinaire.
Rastoll : un peu moins sûr de lui dans ses arrêts sur l'homme et dans ses services, mais toujours constant dans l'effort.
Drogou, Marzin, Cerveau: ils ont tenu la dragée haute aux Parisiens au centre du terrain, mais toujours dans leur style habituel.
Quant aux avants de pointe, on peut même écrire qu'on les a vus meilleurs. Coat souffrit de sa déchirure musculaire en deuxième mi-temps, au moment où les plus belles occasions s'offraient à lui. Et Le Pape, privé de compétition lutta durant la dernière demi-heure contre les crampes.
Rien donc d'exceptionnel dans tout cela. Un spectacle que les habitués de Ménez-Paul auraient tout de suite reconnu: une occupation très rationnelle du terrain par des joueurs complémentaires les uns des autres.
Il y a aussi autre chose qu'il convient de signaler: le Racing, privé de ses trois attaquants de pointe, avait fait rentrer des hommes comme Grizetti et Farias, excellents techniciens, mais lents. Pibarot se privait ainsi volontairement du seul atout capable de forcer le Verrou asbéiste : une vitesse de jeu supérieure.
Mais il convient aussi de remarquer que l'A.S.brestoise, de son côté, semble actuellement opérer à un rythme plus élevé qu'au début du championnat. C'est comme si elle avait accroché une vitesse de jeu supplémentaire. Il faut voir là sans doute le résultat des matches de Coupe de France disputés contre des clubs de division d'honneur jouant, à cette occasion, le match de leur vie, et des deux rencontres devant Strasbourg.
La Coupe a ainsi permis aux hommes de Gergotich de ne pas trop souffrir des creux que la période de froid a fait dans le championnat. C'est d'ailleurs ce que nous disions récemment: cette année, exceptionnellement, l'A.S.brestoise avait intérêt à courir les deux lièvres à la fois. On peut écrire qu'elle a atteint son objectif en Coupe de France quelle que soit l'issue du match des 1/4 de finale. Et elle peut également atteindre celui du championnat dimanche prochain à Ménez-Paul devant Fontainebleau qu'elle reçoit.

André Herné


Pibarot - Gergo: Le maître et l'élève. Cette fois l'élève sera maître!

Gergotich: "Et ne me parlez plus de l'équipe de 1936!" . A peine rentrés dans leurs vestiaires, les joueurs brestois se tinrent tous par le cou et entonnèrent l'hymne de l'A.S.brestoise. Les radioreporters, les cameramen et les reporters photographes profitèrent abondamment de cette occasion comme bien on pense. Léon Guiard était incapable de donner le chiffre de la recette. "C'est le cadet de mes soucis, s'écriait-il joyeusement. Quand le trésorier donne la priorité au résultat avant le chiffre des recettes, c'est signe qu'il y a quelque chose d'exceptionnel dans l'air Gergotich, après la première explosion de joie et le triomphe que lui ménagèrent ses joueurs avait vite repris son calme coutumier. Il répondait cependant sans se faire prier aux radioreporters qui lui demandaient ses impressions. La question la plus posée fut la suivante: "Pensez-vous que le professionnalisme puisse s'installer a Brest? Gergotich, prudent comme on sait, répondait invariablement: "C'est une question qui n'est pas de mon ressort. Voyez Lèon Guiard." Ce dernier, quant à lui, donnait un peu plus de précision mais mettait l'accent sur l'urgence qu'iI y avait avant d'envisager le professionnalisme d'avoir des installations adéquates.
Gergotich, par contre, insistait sur le fait que ce qu'il appelle "le complexe de 1936 " venait d'être effacé. Quel était ce complexe? eh bien à chaque fois que l'A.S.brestoise obtenait un excellent résultat ou réussissait un exploit on avait coutume de lui opposer cette fameuse équipe de 1936 qui s'était qualifiée pour les quarts de finale.
- "Cette fois vous ne pourrez plus nous opposer l'équipe de 1936", disait malicieusement Gergotich a quelques-uns de ses amis qui l'entourait. René Rolland fut à moitié surpris de la victoire des siens. En effet, Il avait compris à la mi-temps que l'A.S.brestoise pouvait se qualifier pour les quarts de finale.
- "En effet, me disait-il, qu'est-ce que le Racing d'aujourd'hui? Une très forte équipe de C.F.A. Nous pouvons donc la battre ".
Robert Coat. Il partageait la joie générale, mais regrettait que pour sa part sa déchirure musculaire l'ait fait souffrir en deuxième mi-temps. " Sinon, nous disait-iI, j'aurais fait un malheur. Je voyais des énormes boulevards s'ouvrir devant mol. Hélas! je ne pouvais pas m'y précipiter faute de pouvoir courir ".

André Herné

René Rolland: Après notre victoire j'ai été bouleversé par les larmes du remplaçant ! Un de nos confrères parisiens avait demandé à Martial Gergotich s'il pouvait accompagner l'A.S.B. dans son retour à Brest.
- Bien sûr, lui répondit Martial. Quand l'A.S.B. eut battu le Racing. Ce confrère demanda: Vous restez sans doute fêter votre victoire à Nantes maintenant?
- Pas Question lui fut-il répondu. Nous partons immédiatement pour pouvoir dîner à Quimperlé comme prévu. De fait, le car quitta Nantes à 17 h. 30. Trois heures plus tard, il touchait Quimperlé. Le menu commandé depuis plusieurs jours déjà chez "Nanane" fut vite servi. Le confrère s'étonna encore:
- Mais vous ne faites donc rien de particulier?
- Non fit Martial. Le temps nous est compté. N'oubliez pas que nos joueurs travaillent et que leurs employeurs apprécient la ponctualité. D'ailleurs, l'explosion de joie passée, chacun avait retrouvé calme et sang-froid. Le dîner se passa dans la bonne humeur mais, pour un observateur ignorant des événements de cette journée, rien n'aurait pu lui révéler que ces hommes appartenaient à une équipe de football qui venait de réussir l'exploit des 1/8' de finale…
... Mais, soudain, René Rolland, le secrétaire général, se leva. Était-ce pour observer la tradition des repas qui veut que tout se termine par des chansons? Non. René Rolland voulait s'adresser à ses hommes, voulait leur apporter le salut et la reconnaissance des dirigeants. Dirigeants, je n'aime pas ce mot d'ailleurs, dit-il. Je ne sais pas hélas! par quel mot le remplacer. Nous sommes vos amis, nous faisons partie de la même famille asbéiste et on nous a chargés de vos affaires. Nous sommes heureux, oui nous sommes fiers de ce que vous venez de réussir. On parlait toujours de cette fameuse équipe de 1936. Eh bien vous l'avez égalée. Vous avez donc porté aussi haut le flambeau que vos anciens vous ont transmis. C'était merveilleux de vous voir, tout à l'heure, vous battre avec tant de cœur pour défendre les couleurs de votre club, de notre club. Vous nous avez remués jusqu'au plus profond de nous-mêmes.
René Rolland se tourna alors vers Martial Gergotich: "Je sais ce que nous devons tous à votre entraîneur. Est-il besoin de dire qu'il est mon ami et que je suis encore plus heureux pour lui que pour le club de cette qualification sensationnelle. Nous lui avons fait pleine confiance, nous lui avons laissé toute liberté de composer l'équipe comme il l'entendait. C'est cette tranquillité morale qui porte ses fruits maintenant. Et je sais que vous êtes aussi conscients que moi de la valeur de Martial Gergotich. Tout à l'heure, en vous précipitant avec tant de spontanéité sur lui, vous lui avez rendu le plus beau des hommages que puisse espérer un entraîneur. Merci, Martial."
Et puis, il y a aussi l'esprit de corps, ce que l'on appelle l'esprit de club, cet esprit qui vous pousse à faire de l'A.S.Brestoise la première équipe de Brest, puis la première équipe amateurs de France. Alors, permettez-moi de profiter de l'occasion pour vous dire combien, parfois, il nous est pénible de retirer un titulaire de l'équipe première. Ah ! si les équipes de football se composaient de quinze joueurs, comme notre tâche serait plus facile!
Mais il n'y a aucun déshonneur à. être remplaçant, croyez-moi. "Je dois dire d'ailleurs qu'il y a. quelque chose qui m'a bouleversé tout à l'heure au moment du succès. C'est d'avoir vu pleurer le remplaçant. Ces larmes de bonheur, c'est peut-être ce que j'ai trouvé de plus émouvant aujourd'hui".
René Rolland ne pouvait plus cacher son émotion. Il ne le cherchait pas d'ailleurs. Il ne se fait pas passer pour plus sceptique qu'iI n'est. S'il ne croyait à rien, il n'occuperait d'ailleurs pas ce poste de secrétaire général. Il regarda toute l'équipe attentive, aperçut Martial Gergotich bouleversé et termina sur ces mots extraordinaires:
- "Je vous aime bien..."

André Herné.

l'A.S.Brestoise, leader du groupe Ouest de CFA. Pour l'A.S.Brestoise, c'était hier le sixième match de Coupe de France, quatre des cinq premiers (tous jouès contre d'autres clubs amateurs) avaient nécessité une prolongation, voire, une seconde rencontre; au total, quatorze heures et demie de jeu actif des brestois avant d'affronter les pros de première division du R.C.Paris. Et pour éliminer ceux-ci, il ne leur a fallu que quatre-vingt-dix minutes, un petit but de l'ailier gauche Breton Le Pape, moins d'un quart d'heure après la reprise et le tour était joué: les professionnels n'ont pas pu rétablir l'équilibre.
Le Racing est éliminé tout comme il l'avait été en trente-deuxième, sept ans plus tôt, en 1956, par d'autres amateurs, ceux de Caen, on mettra, certes, ce résultat au compte des inéluctables et quasi annuelles surprises de la coupe. Il n'en est pas moins extrêmement fâcheux pour le Racing, cinq fois vainqueur
de l'épreuve et qui avait reporté sur celle-ci l'essentiel de ses ambitions 63, puisqu'iI est virtuellement éliminé, depuis une semaine, de la course au titre national, ce n'est pas notre propos ici de rouvrir le procès du Racing, de remuer le couteau dans la plaie: constatons seulement que, quelque côté qu'on retourne le problème, les ans passent sans que le nom du Racing, l'un de nos clubs les plus prestigieux, figure jamais à aucun palmarès, et cela depuis bientôt quinze ans...
Une équipe constellée de vedettes professionnelles chèrement achetées et chèrement rétribuée, a été mise hors de combat, en Coupe de France, par une bande de copains modestes pour lesquels le football n'est en somme, que la "récréation du dimanche" La victoire de cette équipe illustre parfaitement la décadence du football professionnel en France. Un football sclérosé qui trouvera enfin, peut-être, la voie du salut en s'inspirant de la belle aventure de l'A.S.Brest... Une belle aventure, en effet, celle des onze joueurs brestois. Grâce au coup de pied décisif de l'un d'eux, Paul Le Pape, un Finistérien de Plogastel-Saint-Germain. Un vrai Breton... lis le sont presque tous, d'ailleurs. Sauf le grand et sombre Flavien Rozan, le gardien de but venu de la Guadeloupe. Sauf Bernard Brochant, l'avant centre, qui est né à Nice, mais il sert en rade de Brest comme enseigne de vaisseau à bord du "Richelieu". On l'a vite adopté... Car il a su très vite s'intégrer à la "grande famille" qu'est le fameux club brestois. Une grande famille dont le " patron " ne pouvait articuler un mot, ['autre jour, à la fin du match qui vit ses "petits" mués par leur victoire en héros de la Coupe. Il était trop heureux, trop ému pour parler, ['entraîneur Martial Gergotich, surnommé affectueusement "Gergo", un authentique Brestois comme Jean Le Borgne, Georges Marzin, André Drogou, Robert Coat et Jean Tétot. Quant à Kerdraon, c'est un voisin: il est de Châteaulin. Désormais, les " Bleu-de-France" comme on les appelle, attendent leur nouvel adversaire en Coupe de France de pied ferme. Ils sont fiers de leur exploit, ils n'ont cédé à aucune griserie. Leur enthousiasme et leur visible plaisir de jouer apporteront encore, lors du prochain match, une note printanière dans le décor grisâtre du football actuel.
Brest... vingt-sept ans après. Mais revenons aux héros du jour. Contrairement à ce qui se passe généralement en pareille conjoncture, l'A.S.Brest n'a pas décroché la palme (le "Trophée" France Football) en bousculant les meubles, en livrant "le match de leur vie".
Il s'agit, au contraire d'une formation de type classique, pratiquant un football de construction et non pas tellement de combat: autrement dit, une équipe à première vue, dans les cordes du Racing, avec lesquels les footballeurs brestois aiment d'ailleurs se trouver des affinités. En ce qui concerne le match d'hier, le Racing eut certainement préféré que celle-ci ne fussent pas poussées aussi loin! C'est la deuxième fois que l'A.S.Brestoise parvient jusqu'aux quarts de finale, exploit que le club breton avait déjà réalisé... voilà vingt-sept ans, en 1936. Notons également qu'il est le cinquième club amateurs seulement à atteindre l'antépénultième phase de la Coupe de France depuis la dernière guerre. Y étaient parvenus avant: L'Arago Orléans en 1945, le R.C.Arras en 1949, l'U.A.Sedan en 1950 et le S.C.Draguignan en 1955. Ajoutons encore, pour la petite histoire que Martial Gergotich, aujourd'hui entraîneur de Brest, fut, comme joueur, sous la coupe de Pibarot lorsque celui-ci entraînait Ales, voilà une dizaine d'années.

L'Équipe. 11-03-1963.

Brest. La capitale du Finistère s'est, une fois de plus, éveillée hier matin sous la tempête qui se déchaîne sur la Bretagne depuis quelques jours. Dès l'aube, Brest avait retrouvé sa physionomie habituelle d'un lundi matin hivernal: Volets qui, par endroits, résistent mal à la pression des éléments, piétons affairés, courbés sous l'averse et se hâtant de trouver un abri.
Du train de Paris, des dizaines de marins, de retour de permission, étaient descendus et, le béret en foncé, le col bleu battant les oreilles, balançant négligemment leur petite valise métallique, ils se sont rendus d'un pas tranquille vers leurs bateaux respectifs. L'ouragan déchaîné, qui étouffait tous les bruits habituels d'une cité pourtant active, ne permettait guère les chuchotements ou les confidences prolongés au coin des rues, mais quelques bribes de phrases saisies au hasard semblaient rassurantes: "Les Parisiens l'ont eu... ; Je savais que Le Pape et Gergo... "
Gergo par-ci, Gergo par-là. Le nom, ou plutôt le surnom de l'entraîneur était sur toutes les lèvres. Si l'enthousiasme ne devait pas s'effacer avec le temps, il ne serait pas étonnant qu'on lui élève une statue. Les nerfs à plat hier matin pourtant, Martial Gergotich est venu s'asseoir devant sa table, dans son bureau tranquille situé rue Jean-Jaurès, derrière le siège du club, comme il le fait depuis un nombre respectable d'années. "J'ai beaucoup de mal à réaliser, avouait-il, mes nerfs trop mis à l'épreuve durant la rencontre, ont brutalement lâché lorsque la fin fut sifflée."
Toute la soirée précédente, en effet, il est resté presque muet, presque inerte, lui qui quotidiennement déborde d'activité. Il s'est complu dans une sorte de jubilation interne qu'il ne voulait ou ne pouvait pas extérioriser. "Je suis plus particulièrement heureux, dit-il encore, d'être débarrassé d'une espèce de complexe. Notre équipe marche bien, c'est incontestable, mais toujours on me parlait de sa lointaine devancière qui, en 1936, réussit à aller en quart de finale. Maintenant, quoi qu'il arrive, cet argument de comparaison a disparu ".
A l'issue d'un voyage (les Brestois quittèrent Nantes quelques instants après le match) qui fut relativement court malgré un arrêt de deux heures à Quimperlé, voyage durant lequel nul ne songea à dormir et qui fut effectué dans une ambiance dont vous devinez l'euphorie, chacun regagna son domicile aux environs de deux heures du matin. Pourtant, il fallait, quelques heures à peine plus tard, se rendre à son travail habituel.
Le premier comme il se doit, le militaire Brochant qui dès six heures se présenta à l'arsenal pour y rejoindre le "Richelieux" à bord duquel il est enseigne de vaisseau. Le numéro onze, Paul Le Pape qui fut l'heureux réalisateur du succès des siens et qui exerce, rue Kerfautras, la profession de masseur kinésithérapeute, a dû raconter un nombre incalculable de fois, comment il a obtenu ce but miraculeux. Les manches de sa blouse blanche retroussée sur ses bras bruns, il a expliqué, à l'aide des mains, ce qui s'est passé. Et pourtant, et surtout, il ne devait en aucun cas porter seul les lauriers de la gloire. Ce serait injuste insiste-t-il, puisque dans le fond c'est moi qui ai eu la chance de marquer, mais dans des circonstances telles que je ne pouvais manquer mon tir grâce à l'action conjuguée de tous mes camarades qui, tour à tour, ont touché le ballon. J'étais le onzième, il fallait donc que je marque. Mais cette victoire en aucun cas n'est la mienne, c'est la nôtre.
L'entraîneur, dont le flair est incontestable, le désigna parce qu'il s'était déjà révélé par son opportunisme, comme un véritable spécialiste de la Coupe. Son souhait pour un prochain tour: rencontrer Reims.
Restons comme nous sommes. On ne peut imaginer une équipe d'une telle qualité sans envisager son passage dans les rangs professionnels. D'autant plus que le club dispose d'une moyenne de spectateurs d'environ 5.000 personnes.
Sur ce sujet, les responsables sont unanimes et, par la voix du secrétaire, M. Rolland, ont répondu: "Pour le moment, nous sommes heureux comme cela. Nous ne sommes pas riches, mais nous bouclons notre budget et nous ne devons rien à personne. Ne croyez pas que nous soyons systématiquement hostiles au professionnalisme, mais la seconde division, dans sa structure actuelle, n'est pas viable, surtout pour nous avec notre situation géographique particulière."
Une joyeuse pharmacie. Pour se rendre chez M.Guiard, heureux vice-président, il est nécessaire d'emprunter le fameux pont mobile de Recouvrance, mais quand le vent s'engouffre avec une telle violence dans le Penfeld, le passer devient une véritable épreuve de force et d'équilibre, car l'estuaire étroit de cette rivière qui s'enfonce dans la ville, comme une plaie, s'ouvre directement sur le goulet et, par conséquent, sur l'océan. Gare aux chapeaux ou aux objets mal amarrés!
Plusieurs personnes particulièrement prudentes ont partiellement évité la difficulté en traversant à quatre pattes. Pourtant, de nombreux Brestois n'ont pas hésité, il est vrai. Ils en ont davantage l'habitude, et sont venus pratiquement dès l'ouverture du magasin (M. Guiard est pharmacien)... Peu étaient venus pour acheter du dentifrice ou de l'aspirine, mais l'officine était devenue le salon où l'on cause de... la victoire. C'était évidemment un jour faste pour le bienheureux responsable assailli de félicitations. M. Guiard ne cherchait nullement à dissimuler sa joie: "Bien sûr, disait-il, j'avais, comme chacun de nous, un petit espoir, il fallait d'ailleurs que nous en ayons un, mais, du fond de moi-même, je le croyais un peu insensé. Je suis content de la joie de mes garçons qui ont trouvé là une juste récompense à leur talent et à leur courage. Avec un peu de chance, si nous tombons sur une équipe à notre portée, Limoges par exemple (que les Limougeauds ne se vexent pas) nous pouvons espérer aller encore plus loin, ce qui constituerait un record depuis la Libération. Je serai, vendredi, au rendez-vous du tirage de la Coupe pour être le premier informé."
La Coupe malgré eux ! Par un paradoxe amusant, et comme l'entraîneur a aimé à le préciser, l'A.S.B . ne prêtait cette saison, qu'un intérêt très modéré à la Coupe.
Le Championnat, de par les satisfactions et les promesses qu'il apportait, restait le principal objectif, pour ne pas dire l'unique. Mais les responsables ne l'entendent plus exactement de cette oreille: "Au point où nous arrivons, affirma Louis Guiard, nous ne pensons plus au Championnat."
Tout pour la Coupe désormais.
Si ces paroles dépassent peut-être la pensée, elles ne reflètent pas moins l'engouement que cette bien agréable surprise a suscité dans les foyers brestois. Comblés qu'ils étaient par les performances de leur principale équipe, les Finistériens sont aujourd'hui ravis. Restons comme nous sommes On ne peut imaginer une équipe d'une telle qualité sans envisager son passage dans les rangs professionnels. D'autant plus que le club dispose d'une moyenne de spectateurs d'environ 5.000 personnes. Sur ce sujet, les responsables sont unanimes et, par la voix du secrétaire, M. Rolland, ont répondu: "Pour le moment, nous sommes heureux comme cela. Nous ne sommes pas riches, mais nous bouclons notre budget et nous ne devons rien à personne. Ne croyez pas que nous soyons systématiquement hostiles au professionnalisme, mais la seconde Di vis ion, dans sa structure actuelle, n'est pas viable, surtout pour nous avec notre situation géographique particulière."
Le navire brestois est solidement amarré. Ainsi, tout va pour le mieux au sein et dans l'entourage de l'A.S.Brestoise. A l'image de cette superbe cité qui a décidé d'aller de l'avant en gardant pourtant les pieds solidement sur terre, le vieux club breton poursuit dans l'allégresse sa cure de rajeunissement. Rien ne sera tenté s'il ne vaut la peine de l'être, et il n'est pas coutume, ici, de poursuivre d'insaisissables chimères. Ce qui n'hypothèque en rien les vues sur l'avenir puisque Brest, qui cherche à se faire connaître, vient de trouver, par l'intermédiaire du sport, une forme sympathique de publicité.
Le Racing a mordu la poussière. Désormais, les valeureux Bretons peuvent attendre dans la quiétude et la confiance, en faisant leur la devise du maire M. Lombard, parlant de la cité du Ponant: "Ici commence la Terre de l'Espérance."
Ces mots "amateurs" et "professionnels" que signifient-ils aujourd'hui?
L'A.S.Brest: Le "club indépendant". Quand l'A.S.Brest élimine le R.C.Paris, qu'est-ce que cela signifie? officiellement une équipe amateur élimine une (grande) équipe professionnelle. Le fossé paraît si profond, à notre époque, entre le sport amateur et le sport professionnel qu'un pareil résultat a de quoi stupéfier. Mais, si l'on regarde de plus près, on s'aperçoit que ces deux mots, dans la réalité du football français, ne signifient plus grand-chose.
L'A.S.Brest est un grand et vieux club (fondé en 1905), riche de ses 300 licenciés en football, qui dispute une compétition nationale (le CFA) et qui réunit plus de spectateurs, quand il joue sur son terrain, que la plupart des équipes de Division Il. Il bénéficie des services d'un entraîneur appointé, "excellent" Gergotich, et de footballeurs, non pas professionnels certes (puisqu'ils exercent tous un autre métier que le football), mais qu'il est impossible d'appeler "amateurs".
En fait, l'A.S.Brest est le type même de ces clubs que nous voudrions appeler "indépendants" et qui trouveraient tout naturellement leur place dans une catégorie intermédiaire entre les vrais professionnels et les vrais amateurs. L'A.S.Brest a autant de ressources, de moyens et de valeur que beaucoup de clubs à étiquette professionnelle. Si elle n'a pas voulu rejoindre les rangs professionnels, c'est qu'elle a refusé de tenter une aventure pleine de risques. Et comment, aujourd'hui, à la lumière de la crise du professionnalisme, ne pas lui donner raison? Ce qui est grave c'est qu'en refusant de voter le projet de réforme prévoyant l'institution d'indépendants (projet Sadoul), les clubs professionnels, empêchent des clubs comme l'A.S.Brest de s'épanouir et de faire leur place au soleil.
Quand un club a gagné le CFA, il est stupidement arrêté, alors qu'il serait logique de le voir monter en catégorie supérieure (Division Il), sans rien changer à ses habitudes. Pour "sauver", Aix, Forbach et le CAP, Brest, Quevilly, Ajaccio, Mulhouse, etc., qui sont éternellement brimés.
En fait, tous ces clubs sont du même calibre. Ils sont faits pour jouer ensemble. Car ils ne sont ni professionnels ni amateurs, mais "entre les deux" Indépendants.
Et le R.C.Paris, le vaincu lui, il devrait être professionnel; Il en a les moyens, les possibilités, le prestige, mais il n'est pas trop cruel de se demander s'il en a vraiment la conscience et l'usage.
Une grande équipe professionnelle, cette formation sans âme et sans personnalité, qui passe régulièrement à côté des titres et qui trouve naturel d'être éliminée par l'A.S.Brest?
Une équipe professionnelle, cet amalgame de joueurs abandonnés à eux-mêmes, sans fierté, sans méthode, sans style?
D'où vient que le football français soit à ce point privé, dans les grandes villes, de dirigeants susceptibles d'illustrer et de magnifier le vrai professionnalisme ? Si c'était cela, le professionnalisme, on pourrait effectivement se demander à quoi il sert.
Le Racing, en s'inclinant, somme toute naturellement, devant l'A.S.Brest, a porté un nouveau coup à ce football professionnel si mal en point et si mal défendu.

Jacques FERRAN. L'Équipe. 12-03 1963.

Des Pingouins heureux...; Football à dormir assis...; La poule aux œufs d'or. Bizarre, n'est-ce pas? En vérité, le Racing, qui est déjà fort mal renseigné sur leur vie privée (Ndlr: les joueurs), est composé de joueurs qui aiment assez bien leur métier, mais peut-être pas assez leur club. Peut-être que l'entraîneur ne sait pas leur faire aimer cette "poule aux œufs d'or" ?
Pourtant, au départ, pour se rendre populaire auprès d'eux, il avait demandé et obtenu qu'on augmente leurs salaires dans des proportions notables...
Maintenant ce n'est plus exactement le grand amour. Les rares qui se sont risqués à faire quelques remarques se sont retrouvés sur la touche, vite fait... En attendant, le Racing a gâché une nouvelle fois sa saison. C'est bien triste! Mais le principal, après tout, c'est que le président Dehaye soit content... "

Gérard Edelstein. L'Équipe. 12-03-63.
Mot du présidentHistoire : Menez-Paul : Partenaires : Ils ont porté notre maillot : Convocations : Contacter l'A.S.B. : Arbitres : Index : Anciens dirigeants, éducateurs & arbitres.
Mise à jour: lun 28-jui-04 21:52 x